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Publié par Scientifique

Comment le mois de naissance d’un enfant conditionne lourdement sa réussite à l’école

Le mois de naissance des enfants a une influence directe sur leur réussite scolaire, leur maturité par rapport à leurs camarades de classe, et même sur le choix de leur orientation professionnelle. Et cela n'a rien à voir avec leur signe astrologique.

Atlantico : Des recherches menées ces dernières années aux Etats-Unis et en France, dont les vôtres en 2010, ont mis en évidence l’influence du mois de naissance sur la réussite scolaire. Outre-Atlantique ce sont les enfants nés en juin-juillet qui connaissent le plus de difficultés, quand en France ce sont les natifs de novembre-décembre. Quelle est votre explication à ce phénomène, qui semble-t-il, ne date pas d’hier (voir ici) ?

Julien Grenet : Le mécanisme tient à la maturité relative des enfants nés aux différents mois de l’année. A six ans, lorsque les enfants entrent en CP, l’écart d’âge entre un enfant né en décembre et un autre en janvier, l’écart est de 11 mois.

Cela représente 15% des années qu’ils ont jusqu’ici vécues, ce qui entraîne des écarts de maturité assez forts. Les tests ayant lieu à des dates données, les enfants nés en décembre les passent à un âge plus jeune, et par conséquent connaissent une moins bonne réussite.

Ces écarts sont très forts au CP, puis persistent dans de moindres proportions. Mais contrairement à des idées reçues, ils ne disparaissent pas à la fin de l’école primaire, ils sont toujours là au collège, et disparaissent une fois arrivé au lycée. Ces écarts persistent car en fonction des résultats scolaires, les enfants auront des parcours différents, notamment au moment de l’orientation en fin de 3e. Les élèves nés en décembre sont plus souvent orientés dans la voir professionnelle que ceux nés en janvier. A 15 ans, leurs résultats ne sont pas si différents, mais les natifs de décembre redoublent plus souvent : deux fois plus que les enfants nés en janvier. D’après mes estimations de 2010, à 11 ans 33% des élèves nés en décembre ont redoublé, contre 18% de ceux nés en janvier. Quel que soit l’origine sociale de l’enfant, cette tendance se vérifie. Or le redoublement est un des facteurs pris en compte pour déterminer l’orientation : être né en décembre augmente de 10 % la probabilité d’avoir un diplôme de type CAP ou BEP par rapport au fait d’être né en janvier.

Dans quelle mesure notre mois de naissance a-t-il par la suite une influence sur notre réussite professionnelle ? Là aussi, que disent les chiffres ?

L’effet porte surtout sur le type d’études que l’on est amené à suivre : on s’orientera plutôt vers des études professionnelles que générales. Au plan des salaires, on constate que les personnes nées en décembre ont un salaire plus faible de 1% en moyenne par rapport à celles nées en janvier. Cela représente une perte annuelle d’environ 250 euros au niveau du salaire net moyen.

Cela voudrait donc dire qu’en France la plupart des capricornes et sagittaires ont soit connu des difficultés pendant toute leur scolarité, soit été forcés à un moment donné de redoubler. En quoi vos observations apportent-elles un regard nouveau dans ce domaine ?

On constate que le redoublement pénalise injustement les élèves les plus jeunes de la classe. On redouble beaucoup plus quand on est de la fin de l’année, alors qu’il n’y aucune raison pour que l’on soit moins doué. Il faudrait donc des interventions plus spécifiques dans les classes.

Faut-il déduire de ces études menées de part et d’autre de l’Atlantique que l’année scolaire est mal conçue ? Comment faudrait-il réformer notre système éducatif pour que les natifs de la fin de l’année soient moins "à la traîne" ?

Il faudrait prendre en compte cette donnée du mois de naissance au moment de la notation, ou lorsque l’on oriente les élèves. En Angleterre, proposition a été faite de rassembler les élèves par groupes d’âges.

Une autre proposition, plus radicale, consiste à adopter un barème correcteur dans la notation pour redresser les notes des élèves les plus jeunes de la classe en primaire. Cela permettrait de corriger les écarts de maturité. Certains élèves sont moins affectés que d’autres par cet effet d’âge relatif, certes, mais si on veut éviter de faire redoubler trop souvent les élèves les plus jeunes, ce serait un moyen.

On n’est pas forcé de le faire de façon explicite vis-à-vis des élèves, mais il faut au moins qu’une prise de conscience opère du côté des enseignants. Il n’y a de toute façon pas de solution miracle, pour des raisons matérielles on est bien obligé de regrouper les élèves d’âges différents dans une même classe.

Faut-il pour autant en faire une règle générale ? A un ou deux mois près, des parents pourraient céder à un sentiment de culpabilité…

Ce que cette réalité suggère, c’est que pour les parents c’est une très mauvaise idée de faire entrer son enfant un an plus tôt lorsqu’il est né, par exemple, en janvier. Etant les plus jeunes de la classe, cela va forcément peser sur leurs résultats.

Ce phénomène n’a pas influencé les naissances. La saisonnalité des naissances s’explique plus par « l’effet vacances », en été et à Noël. Mais ne dramatisons pas non plus : cela influence légèrement le type d’études que l’on fera, mais n’a pas d’effet massif sur l’insertion professionnelle, les salaires ou l’emploi.

Ce qu’il faut surtout en retirer, c’est que les enfants nés à ce moment de l’année nécessitent une certaine vigilance. Et le problème ne réside pas tant dans ce différentiel de maturité que dans les conséquences en termes de redoublement et d’orientation. Dès lors que cette donnée est prise en compte, le tir peut être corrigé.

Des études sur la question avaient déjà été menées dans les années 60. Comment se fait-il qu’on ait encore aujourd’hui l’impression de découvrir ce problème ?

La doxa de l’époque consistait à dire que l’effet du mois de naissance n’existait qu’en primaire. Mais on n’avait pas regardé ses effets sur l’orientation en 3e, or on voit bien que les effets sont réels et persistants. Le mois de naissance ne pose pas de problème dans certains pays comme l’Angleterre où, tout simplement, on ne redouble pas. Par conséquent les effets du mois de naissance se "fossilisent" moins.

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