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Publié par Scientifique

Araignées violons : «Une psychose injustifiée» selon les spécialistes

En général, les images ne sont pas très ragoûtantes. Un bras, une cheville ou un dos nécrosé sur 10 cm de diamètre. Quand la blessure n’est pas à l’origine d’une boursoufflure tout aussi disgracieuse. A chaque fois, les victimes sont formelles sur l’identité de l’agresseur : une loxosceles-rufescens, communément appelée « araignée violon » en raison du dessin observé son cephalo-thorax. Avec deux cas de morsures recensés en une semaine, l’animal suscite une angoisse généralisée. Il n’en fallait pas plus pour agacer Marcel Cruveillier, vice président de l’association française d’arachnologie et Christine Rollard, aranéologue au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

Des cas de morsures pas toujours prouvés. Pour accuser, il faut des preuves. Et dans les cas présents, il en manque cruellement. Les patients opérés pour nécrose affirment avoir été mordus. Mais ils n’ont jamais récupéré l’araignée en question. « On ne sait pas encore si c’est vraiment l’araignée violon », indique Christine Rollard qui se méfie des dires des patients. « Parfois, ce sont les médecins qui lancent : "ce doit être une piqûre d’araignée", mais ils n’en savent strictement rien.» La peur culturelle qu’ont les Européens des araignées serait à l'origine de cette psychose selon les membres de l’association française d’arachnologie: «A partir d’un cas avéré, il y a une frayeur qu’on installe chez les gens. Un patient retrouvera certainement dans ses souvenirs la sensation d'une piqûre et refera l’histoire en accusant l’araignée. C’est un cas typique de construction a posteriori d’un événement. »

Une espèce bien connue en France. Non, l’araignée violon n’est pas une sorte d’espèce invasive introduite en Europe dans la valise d’un touriste de retour des tropiques. En réalité, la loxosceles-rufescens était installée sur le territoire bien avant le début de l’histoire de l’humanité. Selon les arachnéologues, il existe une araignée violon américaine dont les cas de morsures sont avérés. Mais avec l’Européenne, les cas provoquant des nécroses sont beaucoup plus rares. « Ça fait juste une infection locale normalement. En France il n’y a jamais eu de cas marqués jusqu’à l’été dernier. J’ai vu l’araignée qu'on m'a présentée », admet Christine Rollard. Mais « il ne s’agissait pas de l’espèce américaine à qui on attribue les premières morsures », complète Marcel Cruveillier. Celle-ci n'a jamais été aperçue et identifiée par les scientifiques en Europe.

Un animal sans agressivité. Les experts sont formels. Toute araignée ne mord qu’en dernier recours. Pour se nourrir ou pour se défendre quand elle est coincée dans une chaussure, un revers de pantalon ou sous une couette. Avant d’agresser quelqu’un, elle préférera elle-même faire la morte. Cela vaut pour les 45.750 espèces d’araignées connues dans le monde (dont 1.700 en France). Concernant les araignées violons européennes, « la morsure elle-même est indolore parce qu’elles sont très petites, poursuit la spécialiste. Et en général quand il y a morsure, elles sont sèches, sans injection de venin car on n’est pas leur proie. C’est juste une réaction de défense. » L’animal ne serait pas non plus attiré par les humains. S’il vit dans les maisons, ce serait le fruit d’une coïncidence. Avant l’apparition de l’homme, les araignées vivaient dans des endroits peuplés d’insectes dont elles raffolent. Elles choisissent désormais les endroits qu’on leur offre.

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