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Publié par Scientifique

Sextos : mode d’emploi

Coquins, sensuels ou romantiques, les sextos plaisent beaucoup et nous sommes nombreux à en envoyer et en recevoir. Pourquoi séduisent-ils ? Confidences d’adeptes de ces messages érotiques.

« J’ai hâte de sentir ta peau frissonner sous mes doigts », « J’ai envie de t’arracher tes vêtements», « Ma langue va se promener entre tes cuisses »… Petit message érotique, le sexto est « un échange sexuel intime, même s’il n’y a pas d’acte abouti, explique la sexologue Ghislaine Paris. Les couples ont peu de temps, ils courent l’un après l’autre. Le jeu de séduction vient donc naturellement via le portable, qui est aujourd’hui indispensable dans nos vies. » Un constat que fait également Philippe Brenot, sexologue. « Dans un quotidien où nous sommes de plus en plus surbookés, il n’est pas toujours facile d’entretenir le climat amoureux. Le sexto renforce le lien sentimental ainsi que le narcissisme du couple ».

Lettres d’amour modernes, produits des nouvelles technologies, les sextos répondent surtout, selon lui, à un nouveau besoin des couples d’aujourd’hui. « L’excitation quotidienne est un concept très récent, mais elle semble désormais nécessaire si le couple veut durer. La sexualité et le désir sont maintenant presque toujours liés au sentiment amoureux ».

Des sextos… pour pimenter le quotidien

A découvrir

19% des moins de 50 ans ont déjà envoyé des sextos (IFOP, avril 2013).
Vous êtes 68% à les trouver excitants ou amusants et 20% énervants, voire dégoûtants (Sondage réalisé sur Psychogies.com en novembre 2014).

Grâce à quelques mots évocateurs ou à une métaphore sulfureuse, le sexto permet d’érotiser la relation et d’anticiper les retrouvailles. « Un sexto peut être doux, coquin, rempli de sous-entendus ou alors carrément cochon. Cela m'émoustille et me met en appétit. Ainsi, j’ai toujours hâte de retrouver mon partenaire après le travail », commente Céline, 28 ans.

Grâce à ce nouveau jeu érotique, les partenaires ont un moyen de rester proches et complices au quotidien, quoiqu’ils soient en train de faire. « Ça me plait d'être dans un état de désir quasi instantané et ce, peu importe où je me trouve. J’aime imaginer l'autre pensant à moi, désirant et excité», raconte Axelle, 48 ans, qui a toujours envoyé des sextos à ses compagnons.

Des sextos… pour pallier la distance

En contribuant à l’entretien du désir et à l’installation d’une certaine proximité, les messages érotiques peuvent aider les couples à distance. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils font partie du quotidien de Céline, dont le compagnon est en tournée six mois par an. « Je lui en envoie pour qu'il pense à moi et pour égayer ses journées sur la route. » Même chose pour Virginie, 32 ans, dont le partenaire habite à plus de deux heures de chez elle. « C’est juste ce qu'il faut pour garder la flamme qui nous anime ».

« Tu pourrais essayer ceci », « Ça me plairait que tu me fasses ça », « J’aime vraiment quand tu me touches comme cela »...Des formulations pratiques pour évoquer de nouvelles envies, voire éclairer des non-dits. « Même si ce mode de communication est hasardeux, car plutôt court, on peut l’utiliser pour faire passer des petits messages », souligne Ghislaine Paris. En faisant toute fois attention au danger de choquer, vexer, heurter.

Pour certains, les sextos désinhibent, pour d’autres, comme Eric, ils sont même un moyen de tester la compatibilité avec une nouvelle personne. « De cette manière, je sais où sont ses limites, quelle est son ouverture d’esprit et je peux percevoir le niveau de fusion entre nous. » Un pari risqué selon la sexologue qui estime que des messages intimes ne suffisent pas pour réellement connaître son interlocuteur. « Cela voudrait dire qu’on utilise le délire et l’imaginaire pour apprendre à se découvrir. Le sexto doit rester un jeu. »

Des sextos… pour séduire (avec modération)

Le sexto peut-il alors être une arme de séduction ? Cela dépend surtout de son contenu. « Dire « ta voix me reste en tête » après une conversation peut être une approche. Dire « ta voix m’excite », non », décrypte Philippe Brenot. Charlène, 28 ans, a déjà utilisé les sextos avec des hommes rencontrés sur Internet. « De fil en aiguille, on en vient à discuter de sexe et il y a toujours un moment où ça devient chaud. Ensuite, soit on décide de se voir pour de vrai, soit on en reste là. » Pour Elise, 36 ans et deux enfants, ces messages ont été des semblants d’approche de séduction, jusqu’à ce qu’ils deviennent trop fréquents. « Une fois les numéros de téléphone échangés, je me rends souvent compte que les sextos remplacent le traditionnel 'comment vas tu ?'. Ce qui est décevant. Et je n'ose même pas compter le nombre de photos de pénis que j'ai reçues. »

Des sextos… avec des précautions

A découvrir

Ce que dit la loi sur la publication de sextos

Article 226-1 du code pénal : « Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait, au moyen d’un procédé quelconque, volontairement, de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui : 1° En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ; 2° En fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé. »

Mais l’instantanéité et l’impression de légèreté des sextos n’autorise pas tout et n’importe quoi. « On ne peut absolument pas tout se permettre, soutient Ghislaine Paris. L’interdit fait partie intégrante de la sexualité car l’autre ne supporte pas tout. On est dans le registre de l’émotion, et un malentendu ou un quiproquo n’est jamais loin. C’est aussi pour ça qu’il vaut mieux bien connaître la personne. » Son confrère Philippe Brenot est moins catégorique. « Oui, tout est permis, mais tout n’est pas forcément souhaitable. » Notamment parce que les femmes et les hommes ne réagissent pas de la même manière. « Une femme entreprenante ne sera pas blessante alors qu’un homme aimé et aimant, mais trop intrusif, pourrait l’être. »

Les sextos ne plaisent d’ailleurs pas à tout le monde. Ces messages peuvent énerver, voire dégoûter. Il est donc nécessaire de faire preuve d’intelligence et de vigilance par rapport aux réactions éventuelles du destinataire. « Lorsqu’il est envoyé par une personne qui ne nous est pas proche, le sexto peut même être considéré comme une agression sexuelle. C’est une réelle intrusion dans le corps de l’autre puisque cela se fait sans son consentement », insiste Philippe Brenot.

Qui dit sextos, dit aussi photos, très - voire trop -, souvent explicites. « Dans ce cas, c’est la barrière la plus intime qui saute, alors que la sexualité a besoin d’imaginaire », explique Philippe Brenot. « L’érotisme n’est pas pornographique », complète Ghislaine Paris. C’est également parce qu’il y a un risque que les photos deviennent un objet de manipulation qu’il est préférable d’être vigilant. « Je n’envoie jamais de photos ou vidéos sexy, j’aurais trop peur qu’elles terminent sur Internet », commente ainsi Charlène, 28 ans.

Des sextos… rien que des mots

Les sextos peuvent aussi être à l’origine de déceptions ou de frustrations si les conditions de base ne sont pas clairement établies. « L’acte sexuel physique n’est pas obligatoire à la suite des sextos, rappelle Philippe Brenot. Pourtant, aujourd’hui, on assiste à un terrorisme de l’orgasme coïtal, alors qu’il y a de très nombreuses jouissances différentes tout aussi importantes. » Il n’y a donc aucun engagement à réaliser les fantasmes mis à l’écrit.

Pour éviter tout malentendu, Antoine, 24 ans, a abandonné l’idée d’échanger ce genre de messages lorsqu’il a vu le malaise de sa petite amie. « Je pense que pour véritablement profiter d'une conversation par sexto, il faut que les deux parties soient à l'aise et se laissent aller. Les occasions où cela arrivait étaient trop rares à mon sens et me frustraient plus qu'autre chose. Aujourd’hui, les sextos ne me manquent pas. Je préfère retrouver ma partenaire pour créer une vraie intimité physique. »

Même si cette pratique peut être bénéfique, elle ne doit absolument pas être imposée car, comme le rappelle Ghislaine Paris, « la sexualité ne supporte pas la contrainte ».

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