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Publié par Scientifique

Le stress en cause dans l'insomnie ?

On pressentait que le stress était un ennemi de notre sommeil. Une équipe du CHU de Bordeaux a décidé de le démontrer de façon étonnante. Reportage.

Plus on est stressé par des émotions, plus on développe des insomnies... qui nous rendent encore plus vulnérables au stress.

Ainsi s'installerait un cercle vicieux que cherche à comprendre Ellemarije Altena, chercheur en neurosciences, en testant le stress au volant et ses effets sur le sommeil. Nous l'avons rencontrée.

Top Santé : En quoi consiste l'étude en cours ?

Ellemarije Altena : Je fais l'hypothèse que le stress quotidien a un impact sur le sommeil et qu'il favorise le développement et l'installation de l' insomnie chez certaines personnes. Cette étude, financée grâce à des fonds LabEx BRAIN de l'université de Bordeaux, regroupe des volontaires qui souffrent d'insomnie, et d'autres sans aucun problème de sommeil. Tous les volontaires subissent les mêmes tests de conduite et d'attention, puis leur sommeil est enregistré afin de pouvoir les comparer.

T. S. Que sait-on déjà du stress ?

E.A. : Il entraîne des modifications dans l'organisme : augmentation de l'activité cérébrale, hausse de la fréquence cardiaque et de la température corporelle, notamment. Des changements néfastes pour le sommeil, puisque l'on sait que l'organisme prépare sa nuit en abaissant la température du corps et sa fréquence cardiaque. D'intenses émotions allongent également la durée d'endormissement, comme cela a été démontré après le visionnage de films violents, par exemple.

T. S. : Et des conséquences des troubles du sommeil ?

E.A. : L'insomnie diminue les capacités de vigilance, de mémorisation... On a aussi observé que les personnes insomniaques ont un sommeil paradoxal (période des rêves) très fragmenté.

Or, ce stade est très important dans la réorganisation des pensées et la gestion des émotions. Des études ont d'ailleurs révélé qu'un insomniaque est plus vulnérable aux événements traumatiques : attentat, accident, deuil ...

T. S. : Que voulez-vous démontrer ?

E.A. : Que de fortes émotions provoquent des insomnies qui, elles-mêmes, empêchent la bonne gestion des émotions et rendent les personnes qui en souffrent encore plus vulnérable au stress. Nous pensons que c'est ainsi que s'installe un cercle vicieux de l'insomnie : je suis stressée, donc je dors mal ; le lendemain je suis fatiguée alors je supporte moins bien le stress, je dors encore plus mal et ainsi de suite. À la fin de cette étude, nous saurons si le stress quotidien favorise l'insomnie dans tous les cas ou seulement chez certaines personnes, et comment il agit sur le sommeil.

T. S. : Concrètement, que peut-on en attendre ?

E.A. : Il sera possible d'envisager des traitements personnalisés qui agissent directement sur ces émotions en les régulant. À la différence des thérapies cognitives et comportementales plutôt basées sur des conseils pratiques, nous pourrons proposer aux personnes concernées par les troubles du sommeil de travailler sur leurs émotions et d'apprendre à mieux les gérer au quotidien, pour retrouver des nuits réparatrices.

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