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Publié par Scientifique

Pour des douleurs de la main très répandues, une étude française montre qu’une opération sous échographie avec une petite incision donne de bons résultats. L’absence de cicatrice permet une récupération plus rapide.

Fini les grandes cicatrices au poignet? Les longues convalescences d’au moins 4 semaines? Les risques d’accidents par lésion d’un nerf qui se trouve là où il ne devrait pas? La chirurgie du canal carpien sous échographie (écho-chirurgie), présentée vendredi à la centaine de radiologues, rhumatologues et chirurgiens venus au premier congrès d’écho-chirurgie, à Paris, soulève en tout cas bien des espoirs.

C’est même une petite révolution potentielle pour les 145.000 personnes qui reçoivent chaque année ce type d’opération de la main en France. Le geste vise à soulager des douleurs dans les doigts nées de la compression du nerf médian par un ligament. La chirurgie du canal carpien intervient après échec du traitement à base de médicaments anti-inflammatoires et d’infiltrations, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé.

Le nouveau traitement mini-invasif par les radiologues interventionnels va donc s’ajouter aux options thérapeutiques disponibles. Il y a trois semaines, les résultats spectaculaires de l’opération du canal carpien sous échographie de 129 patients ont été publiés dans une revue internationale de radiologie interventionnelle.

Des «sensations de fourmillements, de picotements»

L’objectif thérapeutique reste le même: sectionner le ligament annulaire du carpe (voir Infographie), qui comprime le nerf médian passant juste en dessous de lui. Ce nerf est responsable de la sensibilité des trois premiers doigts (pouce, index, majeur, et la moitié de l’annulaire), ce qui explique que la compression se manifeste par des symptômes dans ces doigts-là. Les patients évoquent des «sensations de fourmillements, de picotements, voire de décharges électriques, qui parfois réveillent la nuit et obligent à remuer la main pour se débarrasser de ces sensations désagréables», explique le Dr David Petrover, radiologue et spécialiste des maladies ostéo-articulaires à l’hôpital Lariboisière et au centre IMPC Bachaumont (Paris), auteur de l’étude publiée le 27 décembre.

 

 

«J’avais lu qu’un chirurgien japonais s’était servi de l’échographie pour faire un repérage anatomique de la zone avant d’opérer, raconte le Dr Petrover. Compte tenu de mon habitude de réaliser les infiltrations sous échographie, je me suis dit : pourquoi ne pas traiter définitivement le canal carpien sous le contrôle de l’échographie ?»

Un autre pionnier, le chirurgien José Manuel Rojo-Manaute (Dubaï), ainsi qu’un Français, le Dr Bertrand Lecoq, rhumatologue interventionnel à Caen, ont testé des techniques mini-invasives sous échographie. Et voilà la France, à la pointe de cette révolution chirurgicale.

L’opération sous échographie, qui nécessite une incision minime, présente l’avantage de réduire considérablement le risque d’algodystrophie, une réaction excessive de l’organisme à l’agression qu’il a subi et qui se manifeste par des douleurs prolongées pendant plusieurs mois ainsi qu’une reprise lente, en 6 à 8 semaines, de l’activité.

«Le geste ne dure que 5 minutes et les patients repartent chez eux deux heures après»

Dr David Petrover, radiologue et spécialiste des maladies ostéo-articulaires

«Avec l’intervention sous échographie, l’incision réalisée sous anesthésie locale ne fait que 3 à 5 mm, soit dix à trente fois moins large que les techniques classiques ! Pas de suture, on met juste un pansement après, et 4 jours plus tard on ne voit plus rien, explique le Dr Petrover. Le geste ne dure que 5 minutes et les patients repartent chez eux deux heures après. Ils reprennent leurs activités une semaine plus tard.» Un sérieux avantage pour le patient et un gain potentiel pour la Sécurité sociale, dès lors que la technique aura fait ses preuves à plus grande échelle et dans d’autres centres.

Reste à voir maintenant si le geste va rester dans le giron des radiologues ou rhumatologues interventionnels, ou être adopté aussi par les chirurgiens, moyennant une formation à l’imagerie échographique.

«L’échographie a fait d’énormes progrès de précision et de miniaturisation ces dernières années et nécessite moins de matériel que l’endoscopie, remarque le Dr Petrover. C’est le stéthoscope de demain, et les gynécologues, rhumatologues, médecins du sport ou gynécologues l’ont déjà adopté.» Les chirurgiens pourraient bien se laisser séduire à leur tour.

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