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Publié par Scientifique

Quelle est l'ampleur du marché des médicaments contrefaits ? Parce que ces produits utilisent des circuits de distribution clandestins, il est bien difficile de répondre à cette question. Mais une vaste enquête européenne permet de mieux appréhender ce fléau et ses dangers.

Une nouvelle enquête conduite dans 14 pays européens permet de mieux évaluer les risques liés à l'augmentation des médicaments contrefaits. Ce marché illégal est estimé à plus de 10,5 milliards par en Europe et à 1 milliard rien qu'en France.

De plus en plus de médicaments contrefaits

En décembre 2008, le vice-président de la Commission européenne révélait qu'en deux mois, 34 millions de faux médicaments avaient été saisis aux frontières de l'Europe 3. Selon l'Union européenne, le nombre de médicaments contrefaits entrant en Europe a été multiplié par 6 en deux ans, passant d'un demi-million en 2005 à plus de 4 millions en 2007. En 2006, l'Organisation Mondiale de la santé déclarait ainsi que "le marché des médicaments contrefaits a explosé. Ses ventes globales devraient atteindre 75 milliards de dollars d'ici 2010" 6.

Les méfaits de la contrefaçon dans les pays pauvres

La contrefaçon se développe en majeure partie dans les pays pauvres. Il peut y avoir plus de 30 % de faux médicaments dans certains pays. Ce problème avait été souligné en octobre 2009 par la Fondation Chirac. Selon le Pr Marc Gentilly, délégué général de la Fondation Chirac, "près de 70 % des antipaludiques en circulation ont un principe actif sous-dosé", alors que cette maladie tue encore chaque jour. L'Appel de Cotonou contre l'impunité et l'indifférence, prononcé par Jacques Chirac, demandait des engagements forts et mondiaux contre ce fléau :

Sources :

Fondation Chirac, L'Appel de Cotonou, 12 octobre 2009
OMS, paludisme, consulté en ligne le 12 octobre 2009

(Vidéo ci-bas)

Une vaste enquête européenne réalisée pour le compte du laboratoire Pfizer confirme l'importance de ce phénomène. Réalisée entre le 27 octobre et le 8 novembre 2009, l'étude "Cracking Counterfeit Europe" a interrogé plus de 14 000 personnes dans 14 pays européens1. Et plusieurs de ces résultats sont étonnants.

Faux médicaments : des risques ignorés du grand public

Une personne interrogée sur 5, soit l'équivalent de 77 millions d'Européens, reconnaît avoir acheté des médicaments sur ordonnance en dehors des circuits autorisés. En France, la proportion est de 14 %, soit 6,9 millions d'individus. L'une des principales sources d'approvisionnement de ces produits reste Internet, alors que selon de précédentes études, la proportion de contrefaçons dans ces achats en ligne peut varier entre 50 et 90 %.

Cet achat en ligne est principalement motivé par la commodité et le souci d'économie : plus des trois-quarts (80 %) des personnes interrogées déclarent acheter sur Internet pour des raisons de commodité ; 59 % pensent pouvoir faire des économies par rapport aux prix pratiqués dans les pharmacies. Des motifs qui soulignent à quel point nos compatriotes minimisent les dangers liés à cette pratique, comme le souligne le Dr David Gillen, directeur médical de Pfizer Primary Care Europe : "Près de 35 % des Français interrogées ne connaissent pas les risques qu'ils courent en achetant un médicament délivré uniquement sur ordonnance sans avoir eu de prescription médicale au préalable. La très grande majorité des Français interrogés, plus de 82 %, déclarent cependant que s'ils avaient su que le médicament pouvait être une contrefaçon, ils ne l'auraient pas acheté".

En effet, les dangers liés à ces contrefaçons ne sont pas minimes. Certains médicaments peuvent contenir des ingrédients nocifs 7, avoir été fabriqués par des personnes non qualifiées et ainsi contenir des doses trop faibles ou trop fortes de l'ingrédient actif. Résultat : des échecs thérapeutiques et des intoxications parfois fatales peuvent survenir.

D'un point de vue légal, cette vente en ligne est interdite et est passible de sanctions pénales prévues par l'article L. 4223-1 du code de la santé publique. Mais l'immatérialité des sites internet (de plus souvent créés et mis en place à l'étranger) rend difficiles les poursuites. Le "client" risque cependant de voir sa commande interceptée par la Direction générale de la répression des fraudes, avec à la clé une amende.

Comment lutter contre les faux médicaments ?

Pour Jim Thompson, Président de l'Alliance européenne pour l'accès à des médicaments, le message est clair : "si vous voulez être et rester en bonne santé, adressez-vous à un professionnel de santé et n'achetez pas de médicaments de prescription s'ils ne vous ont pas été prescrits. Si des médicaments vous ont été prescrits, ne les achetez pas en dehors des circuits autorisés. Le risque sanitaire que représente l'achat de médicaments en dehors du système de soins de santé est un sujet de préoccupation de plus en plus sérieux dans tous les pays d'Europe". Pour lutter contre ce phénomène, une meilleure information du grand public est nécessaire ainsi qu'un engagement clair des sites d'e-commerce. A ce sujet, les entreprises du médicament (Leem) et les représentants de plateformes d'e-commerce ont signé en décembre 2009 une charte pour lutter contre les médicaments contrefaits , qui prévoit de mettre en place des mesures, conformes à l'état de l'art, afin de détecter les offres portant sur des médicaments et d'empêcher leur mise en ligne. Si malgré la mise en oeuvre de ces mesures, une telle offre n'est détectée qu'après sa mise en ligne, les plateformes de commerce électronique s'engagent à la retirer sans délai et à prendre toutes dispositions pour empêcher sa remise en ligne ultérieure. Par ailleurs, aucune campagne d'information de grande ampleur destinée au grand public n'a, à ce jour, été initiée (en dehors de brochures d'informations distribuées par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) 11. Ci-dessous, la campagne anglaise qui a le mérite d'interpeler…

Si cette enquête permet de juger de l'ampleur du phénomène, elle souligne également les motivations des "clients" : la commodité et la recherche d'économie. Deux motivations qui guident la quasi-totalité de nos achats… Alors que les vagues de déremboursements de médicaments se succèdent, souvent en prônant par la même occasion une plus grande responsabilisation des patients (avec les dangers liés à l'automédication), que les grandes surfaces tentent de se substituer aux officines, le médicament tend à devenir aux yeux du grand public un produit de consommation comme les autres. La vente de médicaments en ligne et les dangers liés aux contrefaçons sont-ils des phénomènes contre lesquels il est possible de lutter de manière isolée ou traduisent-ils les dérives d'une marchandisation des produits de santé (et plus largement de la santé) dont les responsabilités sont moins faciles à cerner ?

Ecrit par:

Ioanna Schimizzi

 

 

 

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