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Publié par Scientifique

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Un article paru dans le journal anglais le Sun imagine à quoi ressemblera l’homme du futur dans 1000 ans. Des bras plus long, un cerveau plus petit… qu’en est-il vraiment ?

 

Atlantico : Existera-t-il vraiment un homme différent dans mille ans? Quelles seront vraiment ses caractéristiques ?

Henry de Lumley : En l’espace de 1000 ans, entre 2000 et 3000, le temps n’est pas assez long pour constater des évolutions vraiment significatives. Pour mettre en évidence des changements importants dans l’évolution humaine, il faut choisir une fourchette de temps bien plus large, de l‘ordre de 100 000 ans. Cependant, s’opèrent de temps en temps des sauts morphologiques et des sauts culturels brutaux. L’évolution n’est pas tout à fait graduelle, mais par « équilibre ponctué », c’est-à-dire par des seuils.

A l’échelle de 100 000 ans, toute l’évolution humaine se caractérise par une augmentation du volume du crâne. Elle passe aussi par un crane qui devient de plus en plus rond. Au cours de l’évolution, la face s’est emboutie sous le crane, et l’arrière du crâne, l’occipital, est également enfoncé sous le crane. De plus en plus de points caractéristiques du crane (le lambda, le stéphanion, etc.) s’inscrivent sur une sphère. Le crane est passé de la forme d’un ballon de rugby a la forme d’un ballon de football. Chez les australopithèques, chez les hominidés très anciens, le crane était très allongé.

Etes-vous d'accord avec les projections fantaisistes du Sun ? Les bras vont-ils s'allonger ?

Nos ancêtres lointains, y compris Lucie, avaient des membres très longs car ils descendaient de populations vivant dans les arbres. Bien que devenus bipèdes, ils restaient occasionnellement arboricoles. Mais au cours de l’évolution, l’homme s’est de moins en moins servi de ses membres antérieurs pour ses déplacements, et les membres antérieurs se sont donc raccourcis, et contrairement à ce qu’affirme le Sun, on peut supposer que ce processus de raccourcissement va se poursuivre, et non s’inverser. Le Sun, affirme que l’homme se déplaçant moins, il aurait tendance à développer des bras plus long pour éviter encore davantage d’avoir à se déplacer, mais cela est peu crédible : car si les bras ne servent pas au déplacement, ils n’ont pas de réelle raison de s’allonger.

Le pouce chez les australopithèques était plus court et se terminait à l’extrémité du métacarpe. Aujourd’hui, il se termine à l’extrémité de la première phalange : il s’est allongé, ce qui a permis aux hominidés de mettre les doigts bout à bout et de faire des mouvements fins. L’homo habilis aurait beaucoup de mal à manipuler un transistor. Le membre postérieur, qui sert à la locomotion, est devenu de plus en plus robuste, long et fort. Chez les hominidés anciens, le membre antérieur avait tendance à être plus long que le membre postérieur, qui comprend au contraire aujourd’hui des os plus épais et plus long que le membre antérieur. Mais à l’avenir, les hommes marchant de moins en moins, le membre postérieur pourrait avoir tendance à se réduire. Mais c’est une galéjade, rien n’est certain. Mais il s’agissait là de la tendance évolutive naturelle des hominidés.

 

Mais aujourd’hui les choses ont changé. L’homme est devenu un apprenti sorcier qui est maitre de son évolution. Il modifie tous les moteurs responsables de l’évolution. Par exemple, le climat a eu une grande influence sur l’évolution des hommes, et c’est plus cela qu’un esquimau qui doit lutter contre le froid est petit et possède un important tissu adipeux. Au contraire, un homme vivant dans le désert doit lutter contre l’évaporation, est donc grand et longiligne. Le moteur de l’évolution a longtemps été la sélection naturelle. Un individu mal adapté ne se reproduisait pas, mourrait plus vite, et était dépassé par un individu mieux adapté. Cette évolution naturelle a conduit toute l’histoire de la vie jusqu’à l’homme.

Mais aujourd’hui nous avons désamorcé ce processus, avec nos médecins, nos fabricants de molécules, nos médicaments. Nous sommes capables s’ajouter ou d’enlever des gènes, de faire des clonages, d’ajouter des molécules pour permettre de se reproduire à un individu incapable de se reproduire au départ, etc. Ce n’est plus la sélection naturelle qui conduit l’évolution. L’homme est donc devenu un apprenti sorcier pratiquement capable de conduire lui-même son évolution.

Mais cela pose un problème éthique. Car l’homme fait partie intégrante du milieu naturel : il est constitué de cellules et d’ADN, comme les plantes et les animaux, des bactéries aux plus évolués. Il ne pourra jamais couper les racines qui l’enchaînent à son milieu naturel. Il faut donc que nos dirigeants, nos hommes politiques, créent une nouvelle éthique planétaire capable de gérer l’avenir de l’homme dans son environnement.

Selon l‘article du Sun, la taille du cerveau aura également tendance à se réduire à cause de la non utilisation des capacités mémorielles, car les fonctions mentales seraient déléguées vers les outils technologiques tels que l’ordinateur. Est-ce crédible ?

Je ne pense pas que le cerveau va se réduire. C’est bien l’homme qui réfléchit pour fabriquer les ordinateurs. Avec internet, les nombreux colloques organisés partout, les rencontres et les discussions, les échanges se multiplient et le cerveau de l’homme a plutôt tendance à travailler davantage que par le passé. C’est lui qui réfléchit. Je suis un optimiste. Il y a aujourd’hui bien plus d’échanges qu’il n’y en a jamais eu. La technologie ne nous empêche pas du tout de réfléchir, au contraire.

Existera-t-il un seul homme du futur ou bien évolueront nous différemment en fonction des zones géographiques etc ?

Au cours de l’évolution de l’homme il y a eu des risques de cladogénèse, c’est-à dire de séparation de l’humanité en plusieurs espèces différenciées, à cause de l’éloignement des hommes sur différents continents. Mais cela n’est jamais arrivé car les hommes n’ont jamais été éloignés suffisamment longtemps pour qu’il y ait individuation de deux espèces différentes. Aujourd’hui, avec les communications, les échanges, les relations sexuelles, etc., cette hypothèse devient encore moins probable, elle est même surement à exclure car les hommes resteront probablement interféconds entre eux.

 

 

 La pollution apportée par l’être humain et les révolutions industrielles a-t-elle réduit les capacités pulmonaires ?

Certes, il y a eu des problèmes de cancers, par exemple à Tchernobyl, mais je ne pense pas qu’elle affecte la population au niveau global.

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