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Publié par Scientifique

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Sous-produit de l'orgasme masculin ? Héritage culturel ? Le mystère de la jouissance de la femme reste entier malgré la publication d'une récente étude.

C'est une des questions les plus brûlantes de la science actuelle : quelle est l'utilité de l'orgasme féminin ? Pourquoi l'évolution a-t-elle cru bon de gratifier la femme d'un petit (ou grand) plaisir ? La question peut paraître triviale et même sexiste. Pourtant, depuis des décennies, les experts sont incapables d'y apporter une réponse claire et nette, malgré d'innombrables préliminaires scientifiques. La seule chose certaine, c'est que si l'homme a besoin de jouir pour éjaculer, en revanche, la femme n'a nul besoin de se pâmer pour enfanter. Du reste, c'est le cas de nombre d'entre elles, par la faute ou non de leur partenaire, mais cela est une autre histoire...

Voilà quelques années, dans un livre qui a fait beaucoup de bruit, la philosophe-biologiste Elizabeth Lloyd a recensé une vingtaine de justifications à l'orgasme féminin avancées par les biologistes. Par exemple, l'orgasme féminin pourrait renforcer la solidité du couple. En effet, l'homme s'attacherait davantage à une femme qui lui donne l'impression d'être plus "experte". L'orgasme servirait donc aux femmes à retenir l'homme au foyer pour qu'il s'occupe mieux des enfants. Une deuxième explication avance qu'un formidable orgasme féminin encouragerait le mâle à remettre immédiatement le couvert, ce qui augmente la probabilité pour la femme de tomber enceinte d'un homme de forte valeur, dans la mesure où il est capable de doubler la mise... Troisième explication, plus glaire à glaire : les tremblements de l'utérus durant l'orgasme créeraient un effet de succion qui aiderait ces flemmards de spermatozoïdes à se frayer un chemin vers l'ovule.

Cadeau de l'autre sexe

Après avoir passé en revue toutes ces explications, Elizabeth Lloyd n'est finalement convaincue par aucune. Elle n'y voit que des hypothèses sans véritable fondement. Comment expliquer, par exemple, que 10 % des femmes sont frigides si l'orgasme est aussi important ? Par ailleurs, de nombreuses femmes parviennent mieux à l'orgasme en stimulant elles-mêmes leur clitoris plutôt qu'en subissant le va-et-vient poussif de leur partenaire. Aussi, la philosophe fait remarquer que les sexes masculins et féminins ne sont pas vraiment conçus pour permettre une stimulation du clitoris durant la pénétration. Elle en conclut donc que l'orgasme féminin n'est qu'un sous-produit de celui de l'homme. Une sorte de cadeau de l'autre sexe. Bref, l'orgasme serait à la femme ce que le téton est à l'homme : un accessoire sans réelle utilité. Autant dire que Lloyd ne s'est pas fait que des amies parmi la gent féminine.

Pour tenter d'en savoir un peu plus, le psychologue Brendan Zietsch (université du Queensland) et le biologiste Pekka Santtila (université d'Âbo Akademy) ont interrogé quelque dix mille frères et soeurs, jumeaux (vrais et faux), finnois sur leurs pratiques sexuelles. Leur questionnaire portait sur la durée de l'orgasme pour les hommes et sur la fréquence et la facilité à atteindre la jouissance pour les femmes. Leur étude vient d'être publiée dans la revue Animal Behavior (Elsevier). Leur idée est que si l'orgasme féminin n'est qu'un sous-produit de l'orgasme masculin, cela implique qu'ils sont tous deux sous la dépendance du même groupe de gènes.

Processus sélectif

L'étude établit que les vrais jumeaux partagent des orgasmes davantage similaires que les faux jumeaux (de même sexe) et que des frères entre eux (ou des soeurs, entre elles). À première vue, ce résultat prêche donc en faveur d'un contrôle génétique de l'orgasme et, par conséquent, d'une jouissance féminine "sous-produit". Néanmoins, aucune corrélation n'a pu être décelée entre la façon de jouir de jumeaux de sexes opposés et celle de simples frères et soeurs. Cela semblerait indiquer une indépendance génétique concernant l'orgasme entre les hommes et les femmes. Donc échec à la théorie du "sous-produit". Les deux scientifiques en tirent la conclusion que la femme éprouve probablement un orgasme grâce à une homologie physiologique et anatomique avec l'homme, mais que celui-ci s'est maintenu grâce à son propre processus sélectif, indépendant de celui de l'homme.

Si les militantes Femen peuvent sabler le champagne à l'écoute de cette conclusion, nous n'en savons pas plus sur le rôle joué exactement par l'orgasme féminin. Zietsch et Santtila reprennent l'idée que celui-ci serait plutôt un héritage de nos lointains ancêtres qui vivaient une grande promiscuité sexuelle. Et de rappeler que, chez les espèces de singes vivant en communauté comme les chimpanzés, les bonobos et les macaques, les femelles savent jouir, alors ce n'est pas le cas chez les gibbons vivant en couple. Autre observation à méditer : chez le macaque japonais, l'orgasme féminin est d'autant plus élevé que le mâle appartient à un rang élevé. Mais faut-il en tirer une conclusion concernant l'espèce humaine ? Un président donne-t-il plus de plaisir à une femme qu'un simple citoyen ? Le sujet mérite encore de nombreuses recherches.

 

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