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Publié par Scientifique

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Selon l'Agence nationale du médicament, 45 médicaments seraient déjà en rupture de stock et d'autres devraient l'être dans les prochains mois.

 

Atlantico : Depuis août dernier et l’affaire Lévothyrox, la question de la pénurie des médicaments hante les esprits. D’après une liste dressée par l’Agence nationale du médicament, 45 médicaments seraient en rupture de stock et 17 autres devraient l’être dans les prochains mois. Mais à qui doit-on cette situation alarmante ?

Claude Le Pen : Les pénuries observées dans la plupart des pays occidentaux ces dernières années ont plusieurs causes. On assiste d’abord à une véritable explosion de la demande de médicaments au niveau mondial. Alors que cette consommation était une exclusivité des pays riches d’Europe et d’Amérique du Nord (plus l’Australie et le Japon), on assiste à une spectaculaire globalisation de la consommation pharmaceutique. Des pays comme la Chine, et l’Inde – dont on connaît le poids démographique – enregistrent depuis plusieurs années des croissances de leur marché intérieur de 15% à 20% par an. Mais on voit aussi de nouveaux arrivants – parfois surprenants – dans le cercle autrefois réduit des pays consommateurs : l’Afrique du Sud, le Nigéria, la Bolivie, l’Arabie Saoudite par exemple  qui tous voient chaque année leur marché croître de plus de 1 milliards de dollars. Face à cette demande, l’offre reste encore largement calibrée sur les marchés occidentaux qui stagnent ou régressent. Ce ne sont pas tant les capacités de production pharmaceutique qui sont en cause que la disponibilité en matières premières qui est limitée pour des raisons physiques. L’industrie chimique – souvent délocalisée – peine parfois à faire face à la demande des industriels. Un autre facteur expliquant certaines pénuries réside dans les exigences croissantes des autorités sanitaires en matière de qualité pharmaceutique. Certains exemples sont spectaculaires. Un problème de contamination par un virus a entraîne la fermeture complète de l’usine phare de la société de biotech Genzyme, récemment rachetée par Sanofi, pendant plus d’une année. Elle produit des médicaments très spécialisés pour des maladies rares et la fermeture a mis les médecins et les malades dans l’embarras. Les produits de biotechs très complexes à produire sont particulièrement sensibles à ces questions de qualité.

Les laboratoires n’ont-ils pas intérêt à organiser une certaine pénurie pour faire monter les prix par exemple ?

On l’a prétendu mais c’est oublier que les prix sont des pris administrés dans la plupart des produits et que la pénurie n’a aucun effet ceux-ci. Le prix du Levothyrox ne dépend pas de la disponibilité du produit. De même, on a prétendu que les firmes servaient en priorité les pays où les prix étaient les plus élevés. Mais le marché américain, qui reste de loin le plus rémunérateur, connaît lui aussi des pénuries parfois même plus importantes que les nôtres. Il suffit de consulter le site de l’agence fédérale, la FDSA, pour s’en convaincre.

Dans les faits, quelle est la menace réelle face à une telle pénurie ? Qu’est-ce qu’une indisponibilité totale de certains médicaments peut engendrer ?

En réalité les situations dans lesquelles une pénurie priverait complètement les patients d’un traitement vital pour leur santé sont très exceptionnelles. Si un fabriquant connait des problèmes de fabrication, un autre peut le substituer. Heureusement, dans la plupart des cas, on peut trouver des médicaments proches des médicaments manquants, qui peuvent les remplacer au moins durant un certain temps. On critique souvent le fait qu’il existe des médicaments nouveaux qui n’apportent rien par rapport aux médicaments existants. C’est vrai, mais la diversité d’une offre multiple, permettant de compenser le manque d’une molécule, est importante. 

Cette conjoncture est-elle temporaire ? La baisse de prix des médicaments proposée par le gouvernement entraînerait-elle une aggravation de la situation ?

Non la situation est structurelle et ne sera résolue que par un ajustement des capacités de production à l’échelle mondiale. Par ailleurs, la montée en puissance des produits de biotechs qui, de plus en plus, dominent le marché dans certaines pathologies très graves comme le cancer, accroît le risque dans la mesure où les process de production sont très difficiles à maîtriser. Les baisses de prix que l’on voit dans beaucoup de pays européens, n’ont pas d’effet direct sur les pénuries. Elles peuvent en avoir indirectement si elles incitent les firmes à délocaliser les productions ou à relâcher les contraintes de qualité.

Actuellement en France, la majorité des produits en vente en pharmacie sont des génériques et non plus des princeps. Cette généralisation du générique a-t-elle un impact sur la pénurie constatée ?

Les génériques, dont les prix sont très tendus et qui sont par nature soumis à une forte concurrence, sont particulièrement sensibles à ce dernier effet. Des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas qui ont mis en place des appels d’offre pour confier la consommation d’un produit à un petit nombre de fabricants prennent un risque dont ils dont d’ailleurs bien conscients.

En cas de rupture de stock, comment réagir ? Demander de l’aide aux pays voisins ?

Il faut d’abord éviter les ruptures par des mesures préventives. Les agences de régulation des grands pays ont tous mis au point des procédures d’alerte. Les laboratoires ont l’obligation de les avertir dés qu’une survient une menace de pénurie de manière à leur permettre d’avertir les médecins et les pharmaciens et d’orienter sans panique les patients vers d’autres thérapeutiques.  La coopération internationale est en effet une autre piste. Notamment pour les vaccins. Très peu de pays produisent des vaccins dans le monde (la France est l’un des pays) et si une épidémie frappait un pays non producteur, la coopération internationale deviendrait la seule solution. Cela a été très explicitement évoquée lors de la fameuse pandémie de H1N1 qui, par chance, s’est finalement révélée moins grave que prévu.

 

 

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