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Publié par Scientifique

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AVIS D'EXPERT - Cette maladie touche 3 millions de Français chaque année,rappelle le Dr Maria Melchior, du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (Unité Inserm 1018 ).

La dépression, du latin «depressio» («enfoncement») est un trouble psychiatrique caractérisé principalement par une tristesse intense et la perte d'intérêt ou de plaisir pour les activités habituelles. À la différence de la simple déprime, ces symptômes sont durables, au moins deux semaines selon le DSM IV - le manuel qui définit les critères diagnostiques des troubles psychiatriques. Ils représentent un changement par rapport au comportement habituel de la personne.

 

De plus, en cas de dépression, la tristesse et la perte d'intérêt sont accompagnées de changements de comportement (ralentissement des gestes, retrait et isolement social…), de manifestations émotionnelles (pleurs fréquents, perte de réactivité face aux événements extérieurs, anxiété…), de troubles cognitifs (perte d'expressivité dans la voix, difficultés de concentration et de mémoire, sentiment de culpabilité, pensées négatives voire suicidaires), et de symptômes biophysiologiques (insomnie, perte d'appétit et de poids, baisse de la libido, fatigue). Dans les cas les plus sévères, les personnes ont parfois des symptômes psychotiques, c'est-à-dire des idées délirantes (par exemple de culpabilité ou de persécution) ou des hallucinations.

50 % des arrêts maladie

La dépression est une maladie hétérogène, c'est-à-dire que le type et l'intensité des symptômes varient en fonction des personnes. Néanmoins, les études épidémiologiques permettent de dégager des tendances générales qui sont vraies dans un grand nombre de cas.

Ainsi, chaque année, environ trois millions de personnes en France souffrent de dépression (3 à 7 % des adultes), les femmes étant atteintes deux fois plus souvent que les hommes. Cette maladie est la seconde cause de morbidité et sous-tend 50 % des arrêts maladie et 70 % des 12.000 suicides enregistrés chaque année. Le premier épisode de dépression survient la plupart du temps autour de l'âge de 30 ans et dure en moyenne 6 mois. Cependant, deux ans après un épisode initial, près de la moitié des personnes sont encore, ou à nouveau, dépressives et la maladie devient souvent persistante.

 

Comme toutes les maladies psychiatriques, la dépression est une maladie multifactorielle. Elle est liée à la fois à des facteurs biologiques (tels que des facteurs génétiques pouvant prédisposer les personnes à être très vulnérables au stress), familiaux (par exemple la dépression parentale), psychologiques (notamment la propension à voir les choses de façon négative ou à être introverti), personnels (une séparation ou un divorce), et sociaux (l'isolement social).

Les recherches que nous avons menées au sein de l'unité 1018 de l'Inserm à partir des données recueillies auprès des participants de la cohorte Gazel (www.gazel.inserm.fr) - une étude épidémiologique mise en place en 1989 auprès de 20 000 personnes âgées à l'époque de 35 à 50 ans et travaillant à EDF-GDF - ont porté sur les liens entre situation socio-professionnelle et dépression.

 

Ainsi, nous avons observé que par rapport aux cadres, les professions intermédiaires, employés ou ouvriers étaient jusqu'à 2 fois plus souvent en dépression et particulièrement en dépression persistante, même en tenant compte de facteurs de risque associés à cette maladie. Ces inégalités sociales s'expliquent probablement à la fois par l'impact de la dépression sur le devenir professionnel des personnes, mais aussi par le fait que les personnes qui ont une situation socio-professionnelle défavorable ont tendance à cumuler plusieurs facteurs de risque de la maladie.

D'autre part, on sait également que l'accès au traitement (particulièrement à la psychothérapie) est inégal, ce qui pourrait également contribuer aux disparités sociales en termes de trajectoires de dépression au long cours. Les participants de Gazel étant en fin de carrière professionnelle, nos recherches portent désormais sur leurs enfants (cohorte Tempo: www.tempo.inserm.fr) et visent à examiner l'impact des difficultés psychologiques sur l'insertion professionnelle et sociale au début de la vie adulte, en tenant compte à la fois des caractéristiques individuelles et familiales des personnes.

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