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Publié par Scientifique

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Des implants dans la rétine ont partiellement restauré la vue de six patients aveugles.

La récupération d'une partie de la vision n'est plus un rêve inaccessible pour six patients aveugles atteints de rétinite pigmentaire. En effet, dans cette maladie génétique due à une perte des photorécepteurs de l'œil, une diminution progressive de l'acuité visuelle et un rétrécissement du champ visuel surviennent, avant, le plus souvent, une cécité complète.

 

Des chercheurs dirigés par le Pr Eberhart Zrenner, de l'université de Tübingen en Allemagne, viennent de publier dans les Proceedings of the Royal Society des résultats montrant qu'ils avaient restauré une partie de la vue de six patients sur neuf traités grâce à une prothèse appelée Retina. Au total, dans cet essai, huit patients ayant bénéficié de l'implant sont désormais capables de percevoir de la lumière, sept de la localiser, six ont vu réapparaître une certaine acuité visuelle dont trois parviennent même à déchiffrer spontanément des lettres. Un autre patient y arrive après avoir subi un entraînement particulier. Enfin, il a été nécessaire de retirer l'implant de l'un des neuf patients car il touchait le nerf optique.

 

L'opération consiste à introduire chirurgicalement dans l'épaisseur de la rétine un implant d'une surface de 3 mm sur 3 mm, muni de 1 500 microphotodiodes, capables de capter la lumière et de transmettre un signal électrique aux cellules profondes de la rétine, chaque microphotodiode étant indépendante de ses voisines. «Le système Retina est l'un des deux systèmes prometteurs de prothèse rétinienne. L'autre est le système Argus (américain, NDLR), déjà implanté chez plus de 60 patients. Les résultats publiés confirment ceux présentés il y a trois ans par la même équipe allemande et sont analogues à ceux obtenus avec Argus», explique le Pr José-Alain Sahel, directeur de l'Institut de la vision et chef du service d'ophtalmologie à l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris.

 

Sur le principe, les deux systèmes disponibles (allemand et américain) visent donc à suppléer la défaillance des photorécepteurs de la rétine due à la maladie, mais avec des stratégies différentes. Dans le système Retina, les signaux lumineux arrivent directement sur les implants rétiniens, à charge pour le cerveau de reconstruire ensuite l'image. Alors que dans le procédé Argus, ce sont des lunettes munies d'une microcaméra qui reconstruisent l'image et l'envoient sur des implants placés à la surface de la rétine.

 

Dans les deux cas, il faut que le nerf optique soit intact puisqu'il doit être capable de transmettre au cerveau les signaux électriques nés dans la rétine. L'image est au final reconstruite dans le cerveau. C'est pourquoi les expériences sont pour l'instant menées dans les cécités dues à la rétinite pigmentaire. Et uniquement sur des malades qui ont complètement perdu la vue. «Littéralement, des patients qui étaient aveugles sont désormais capables de voir», s'enthousiasmait en avril dernier le Pr Julia Haller, ophtalmologiste en chef au Wills Eye Institute de Philadelphie aux États-Unis, en commentant une étude menée avec le système Argus.

 

D'où l'espoir d'expérimenter un jour la technique dans la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). «Les essais se font dans la rétinite pigmentaire mais pour espérer utiliser de tels dispositifs dans la DMLA, il faudra d'abord améliorer la qualité des images obtenues, pondère prudemment le Pr Sahel. Nous n'en sommes encore qu'au stade de l'évaluation. La Haute Autorité de santé en recommande la prise en charge à titre dérogatoire (le coût est d'environ 80.000 euros, NDLR) mais la décision est attendue du ministère pour le système Argus marqué CE depuis 2012 et qui a reçu l'approbation des autorités américaines la semaine dernière.» Étant donné les résultats américains et allemands, on comprend que les chercheurs français, pionniers de l'implantation en Europe d'Argus, soient maintenant suspendus à la décision du ministère de la Santé.

 

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