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Publié par Scientifique

La croissance des villes et le développement économique dans les pays émergents ont accru la demande en eau industrielle et urbaine jusque-là négligeable par rapport aux prélèvements agricoles.

 

Dans les pays où la ressource est abondante et l’agriculture irriguée peu importante, la demande croissante des villes peut être satisfaite. Mais dans de nombreuses autres régions (nord de l’Inde, nord de la Chine, Afrique du Sud), la soif des villes demande une réorientation importante de la gestion de l’eau : la priorité donnée jusque dans les années 80 aux aménagements agricoles est revue en faveur de l’approvisionnement urbain. Or, il faut parfois chercher de l’eau loin : à 500 kilomètres dans les montagnes du Lesotho pour Johannesburg, à plus de 1 000 km dans le Chang Jiang (le fleuve Bleu) pour Pékin. Cette évolution ne se fait pas sans résistances, les agriculteurs se voyant contester des droits anciens, et des régions entières sont privées de leurs ressources. Enfin, dans les grandes villes les plus pauvres, l’accès à l’eau des populations défavorisées reste problématique. Seule une minorité dispose d’un accès «à l’occidentale» - de l’eau potable en quantité, avec une pression suffisante et sans coupures. Les autres doivent passer par une multitude de systèmes, et généralement, plus on est pauvre, moins on a accès à l’eau et plus on la paye cher.

Les «mal branchés», bien que connectés à un réseau de distribution, subissent des coupures d’eau fréquentes qui les obligent à la stocker dans des réservoirs et/ou reçoivent une eau non potable et sont contraints d’avoir recours à de l’eau en bouteille pour la boisson. Dans les périphéries, les habitants «non branchés» dépendent le plus souvent de puits ou de bornes-fontaines. Ils peuvent s’y fournir directement lorsqu’ils n’habitent pas loin, mais un système de distribution d’eau par porteur peut être organisé. Cette catégorie représente plus d’un cinquième de la population dans de nombreuses grandes villes du monde. Enfin, les habitants qui résident dans les périphéries les plus lointaines se contentent soit de ressources non potabilisées (rivières, récupération d’eau de pluie), soit de systèmes de distribution alternatifs, efficaces si des formes de solidarité existent, onéreux sinon. Les ménages «débranchés», qui ont été déconnectés après le non-paiement de factures, connaissent un sort similaire.

 

Les statistiques données par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont ainsi trompeuses, car elles comptabilisent comme ayant accès à l’eau toute personne qui se trouve à moins de 200 mètres d’une source d’eau améliorée, ce qui est très courant dans les grandes villes. Une très grande partie de la population n’a pas accès à ce qui paraît être un minimum pour un Européen, avec de graves conséquences sur la santé publique. Dans ses prévisions pour 2020, l’International Water Management Institute (centre de recherche international à but non lucratif) identifie deux types de situations difficiles.

 

 

La première est liée à une demande dépassant les ressources aisément mobilisables. Cela peut être conjoncturel, pendant des périodes de sécheresse exceptionnelle, comme en Afrique australe, à Madagascar, en Turquie ou en Espagne. Mais le problème peut aussi être structurel et permanent, comme en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique, dans le nord de la Chine ou dans l’ouest des Etats-Unis. Ces pénuries ne peuvent être «compensées» que par de lourds investissements au coût financier et environnemental important. La seconde situation difficile concerne des régions en manque d’investissements, comme l’Afrique subsaharienne, Haïti ou certaines parties de l’Inde. Avec un risque d’aggravation dû à la croissance démographique.

 

 

Carte adaptée par Jules Grandin

 

 

Libération.fr

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