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Publié par Scientifique

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Une tumeur rare de l'enfant de moins de 5 ans peut se manifester par une pupille blanche sur les photos prises au flash.

Le petit Noah n'avait que 3 mois lorsque ses parents, Bryan et Elizabeth Shaw, remarquèrent un phénomène étrange sur les photos de leur bébé. Sur certaines, l'une des pupilles de l'œil apparaissait blanche (leucocorie) alors que l'autre était rouge. Intrigué, Bryan, qui était encore étudiant en chimie à l'Université de Harvard, mène son enquête et découvre que ce peut être le premier signe d'un cancer de l'œil qui touche un enfant sur 15.000 naissances. Ce que confirmera l'ophtalmologiste.

Dans les pays industrialisés, la survie est supérieure à 95%

Le rétinoblastome, c'est le nom de ce cancer de la rétine, frappe surtout les enfants de moins de 5 ans. Le diagnostic est souvent fait avec retard, en moyenne à l'âge d'un an lorsque les deux yeux sont atteints et vers l'âge de deux ans si un seul œil est touché. Pourtant, un diagnostic précoce augmente les chances de préserver l'œil de l'enfant, voire sa vie dans les pays dont le système de santé est peu développé. En France, comme dans les pays industrialisés, la survie est supérieure à 95% mais c'est deux fois moins en Inde ou en Namibie par exemple. C'est alors plus souvent un autre signe, par exemple une baisse de vision, le fait que l'enfant louche ou que ses pupilles divergent qui attire l'attention, mais cela n'est pas du tout spécifique du rétinoblastome.

 

Si pour Noah le diagnostic a été fait plus tôt qu'il ne l'est habituellement, ses parents n'en gardent pas moins un sentiment d'amertume car ils se sont aperçus que le phénomène de la pupille blanche apparaissait déjà sur certaines photos (photoleucocorie) prises alors que leur bébé n'avait que 12 jours de vie. En reprenant toute la collection des photos de Noah, le plus souvent faites avec un banal appareil photo compact Canon PowerShot de 7 megapixels, ils ont ainsi pu calculer que cette photoleucocorie était présente sur moins de 5% des photos prises avant l'âge de un mois mais que la proportion de photos anormales augmentait ensuite rapidement.

 

Brian Shaw et ses collègues de l'Université de Harvard et des centres de cancérologie américains réputés de Boston (Dana-Farber center) et de New York (Memorial Sloan-Kettering) viennent d'analyser dans un article de la revue scientifique internationale en ligne, PlosOne, plus de 7000 photos prises par les proches de neuf enfants ayant un rétinoblastome. «Les résultats suggèrent que la leucocorie survient dès les stades les plus précoces du rétinoblastome, mais à une fréquence tout d'abord faible et se trouve donc probablement négligée par les parents», écrivent les auteurs.

 

La photoleucocorie est inconstante car tout dépend en effet de l'angle de prise de vue. Elle ne se produit que lorsque la lumière du flash vient se refléter précisément sur la zone de la rétine où se trouve le cancer, mais pas quand elle se réfléchit sur la rétine. C'est pourquoi elle n'apparaît pas sur toutes les photos mais seulement sous certains angles, variables selon les enfants en fonction de la localisation de la tumeur. De nombreux exemples ainsi que des conseils de prise de vue figurent sur le site de la société canadienne du rétinoblastome. Il faut aussi se trouver en lumière tamisée et désamorcer la fonction «anti-yeux rouges» de l'appareil photo, car elle repose sur une série de deux flashs rapprochées, le premier conduisant à une rétraction de la pupille qui risque de masquer le fond de l'œil. Une fonction utile pour éviter le reflet rouge du flash sur la rétine mais contre-productif lorsqu'on l'on souhaite précisément visualiser celle-ci.

 

Shaw et ses collègues notent que la leucocorie reste parfois visible, en dépit de l'activation de la fonction anti-yeux rouges. Ils insistent également sur le caractère d'alerte, et non de diagnostic, du phénomène et signalent que des appareils comme l'iPhone et d'autres smartphones créent beaucoup de fausses pupilles blanches, sans que l'on sache très bien pourquoi. En France l'association Rétinostop fournit informations et soutien aux familles touchées par la maladie.

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