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Publié par Scientifique

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lors qu’un accord frontalier a été trouvé avec la Russie, la ville de Kirkenes entend profiter de l’exploitation pétrolière facilitée par la fonte de l’Arctique.

 

’est un bout du monde qui se verrait bien centre du monde. Et qui a de bonnes raisons d’espérer. Kirkenes est une bourgade norvégienne de 9 500 âmes posée sur les rives de la mer de Barents, en Arctique, à 2 500 kilomètres d’Oslo et un jet de pierre de la frontière russe. Ici, le soleil ne s’est pas couché depuis le 17 mai. Pas le cœur à dormir, de toute façon, quand on est persuadé que l’avenir vous tend les bras. «Le seul endroit politiquement intéressant, en Norvège, c’est Kirkenes. Ici, vous rencontrez les Russes, les Chinois, le monde réel», s’enflamme Rune Rafaelsen, le directeur, jean rouge et bouc poivre et sel, du secrétariat norvégien de Barents, un organisme de coopération régional.

Eldorado. Kirkenes, dont la côte ne gèle jamais grâce au Gulf Stream, le courant marin chaud de l’Atlantique, s’imagine en porte d’entrée occidentale d’un nouvel eldorado, l’océan Arctique. Ressources naturelles (gaz, pétrole, poissons…), routes maritimes, tout y est devenu plus accessible depuis que la banquise fond «grâce» au réchauffement climatique. Selon l’US Geological Survey, l’océan Arctique renfermerait 22% des réserves conventionnelles mondiales d’hydrocarbures. Des dollars plein les mirettes, tous les poids lourds du secteur se précipitent dans le Grand Nord. Le français Total, qui compte parmi les plus actifs, est engagé dans deux champs gaziers offshore prometteurs ; le norvégien Snohvit («Blanche-Neige» dans la langue locale, déjà productif, où GDF Suez est aussi présent) et surtout le russe Chtokman (l’un des plus grands gisements gaziers du monde, un projet de plusieurs dizaines de milliards de dollars à 550 kilomètres au large de Kirkenes). Et la chasse aux hydrocarbures vient de redoubler dans la région.

 

Jeudi, une vaste zone inexplorée de la mer de Barents a été ouverte à la prospection… le jour même de l’entrée en vigueur d’un accord frontalier russo-norvégien historique. Intérêt économique oblige, les deux pays ont réussi en avril 2010 à régler un différend vieux de quarante ans, et se partager cette zone de 175 000 km2.

 

A Kirkenes, où les projets immobiliers sont légion (école, hôpital, logements, routes, etc.), on se frotte les mains. «Nous voulons construire ici une plateforme logistique d’un million de mètres carrés, qui servirait de base à toutes les activités de la mer de Barents», jubile Trond Dahlberg. Cet ingénieur travaille pour le groupe suisse Tschudi, qui a racheté en 2007 la mine de fer à ciel ouvert de Kirkenes. Laquelle avait fermé dix ans plus tôt, faute d’être rentable. Mais depuis la fin des années 90, la donne a changé. Le boom chinois et son appétit de matières premières ont fait flamber les cours des métaux, rendant l’exploitation de la mine à nouveau viable. D’autant que - autre perspective aux retombées sonnantes et trébuchantes - les matières premières du Grand Nord pourraient bien, à l’avenir, être acheminées directement vers l’Orient, via le Passage du nord-est.

 

 

Sueurs froides. En septembre, un transport de minerai de fer de la mine de Kirkenes en direction de Shanghai a emprunté cette nouvelle route maritime, qui longe la Sibérie jusqu’au détroit de Béring. En en faisant la première cargaison commerciale non russe se rendant en Chine par l’Arctique. Résultat : vingt et un jours de navigation, contre trente-sept en passant par le canal de Suez. Soit seize jours et 300 000 dollars (210 000 euros) d’économisés. Plusieurs navires devraient rééditer l’expérience cette année. Reste qu’emprunter cette route n’est pas de tout repos : dangereuse (les eaux sont peu profondes, elle est plongée dans la nuit polaire), et bureaucratique (la paperasserie russe a de quoi en décourager plus d’un). Du coup, nombreux sont ceux qui espèrent que la banquise fonde encore plus vite, pour libérer une route qui passerait par les eaux internationales du milieu de l’océan Arctique.

 

 

Les écologistes, eux, en ont des sueurs froides. Ils ne voient pas du tout d’un bon œil la ruée vers le Grand Nord. «Les conditions météo sont telles, ici, que les bouées destinées à contenir une marée noire seraient totalement inadaptées et inefficaces, s’inquiète Gunnar Reinholdtsen, de la Norges Naturvern Forbund, une ONG norvégienne. L’écosystème arctique est particulièrement fragile, le cycle de vie des êtres vivants y est plus long qu’ailleurs, la nature mettrait plus de temps à se remettre d’une catastrophe.» Pas sûr que sa voix porte, vu les sommes en jeu.

 

Par Coralie Schaub Envoyée spéciale à Kirkenes

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