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Publié par Scientifique

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Mardi 10 mai, dans la soirée, les élus du Palais-Bourbon doivent se pencher sur une proposition de loi de l'UMP sur les gaz de schiste. Si le texte prévoit l'interdiction de la fracturation hydraulique, il n'abroge pas pour autant les permis d'exploitation délivrés jusqu'à présent. Une interdiction partielle qui ne satisfait pas à gauche.

En témoigne la manifestation à laquelle ont participé près de deux cents militants écologistes, mardi matin, devant l'Assemblée nationale. Pour la première fois depuis le début de la mobilisation, Eva Joly, José Bové et Nicolas Hulot se sont affichés ensemble pour "faire pression" sur les députés. "Tous les écologistes sont unis dans ce grand combat, il n'y a pas de désaccord", a affirmé la députée européenne.

"UN ENFANT DANS LE DOS"

La proposition de loi initiale semblait pourtant remporter les suffrages de tous. Le texte du député UMP Christian Jacob prévoyait en effet l'interdiction pure et simple de la fracturation hydraulique, décriée par les écologistes. En conséquence, les permis d'exploitation accordés voilà plus d'un an par l'ancien ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo devaient être abrogés.

Mais la dernière mouture du texte laisse aux titulaires des permis un délai de deux mois pour déclarer la technique qu'ils veulent utiliser pour extraire les gaz de schiste. C'est seulement en cas de recours à la fracturation hydraulique ou en l'absence de réponse que les permis seront automatiquement annulés. Un "scandale" selon le député vert Yves Cochet, qui dénonce "un tour de passe-passe".

Pour Christian Jacob, cette nouvelle version se montre pourtant "beaucoup plus sécurisante" que la précédente, car elle exige des entreprises une preuve "qu'elles n'utilisent pas la fracturation hydraulique, ce qui permet d'avoir un document opposable aux tiers. En cas de mauvaise déclaration, cela relève du pénal".

 

Le député européen José Bové a insisté sur l'aspect "citoyen" de la mobilisation contre les huiles et gaz de schiste.

Le député européen José Bové a insisté sur l'aspect "citoyen" de la mobilisation contre les huiles et gaz de schiste.Charlotte Chabas

Un argument irrecevable pour l'écologiste José Bové, qui ironise : "On demande aux entreprises d'envoyer une belle lettre au ministère de l'énergie en lui disant quelles vont être les techniques employées. S'ils n'emploient pas le mot 'fracturation hydraulique', leurs permis vont continuer. (...) Là, on essaie de nous faire un enfant dans le dos. Aujourd'hui, il n'y a pas d'alternative possible à l'abrogation des permis."

MOBILISATION "AU-DELÀ D'UNE QUESTION PARTISANE"

Dans ce combat, les écologistes ont reçu le soutien des socialistes. Ils ont en effet annoncé, lundi, qu'ils voteraient contre le texte. "Ce [mardi] matin, le président du groupe PS à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, était présent [à la manifestation], mais aussi Guy Durand, le maire socialiste de Millau, souligne d'ailleurs José Bové. Aujourd'hui, c'est un rassemblement qui va au-delà d'une question partisane, c'est un mouvement citoyen." Nicolas Hulot, qui manifestait pour la première fois contre les gaz de schiste, a lui aussi insisté sur le fait que la mobilisation allait "au-delà des clivages politiques", affirmant que "l'écologie devient une évidence".

 

Près de deux cents manifestants se sont rassemblés devant les grilles du Palais-Bourbon, mardi 10 mai dans la matinée, en prévision de l'examen de la proposition de loi sur l'exploitation des huiles et gaz de schiste par les députés.

Près de deux cents manifestants se sont rassemblés devant les grilles du Palais-Bourbon, mardi 10 mai dans la matinée, en prévision de l'examen de la proposition de loi sur l'exploitation des huiles et gaz de schiste par les députés. Charlotte Chabas

"RÉCUPÉRATION" POLITIQUE

Cependant, de nombreux militants écologistes émettent des réserves face à cette unité des politiques : "Les partis sont encore très divisés sur la question et nous restons méfiants sur les positions qu'ils adopteront à l'avenir", explique ainsi Simone, membre d'un collectif anti-gaz de schiste dans le sud de la France. Elle veut se montrer vigilante notamment à l'égard des socialistes, qui "font preuve d'une certaine schizophrénie sur le sujet et semblent frileux à s'engager clairement".

Bernard vient de Seine-et-Marne, un département concerné par l'exploitation du gaz de schiste. Il demeure très critique sur "cette récupération des politiques qui ont senti l'enjeu électoral" et met en garde contre "le risque de les voir encore changer d'avis en faveur des industriels si la mobilisation retombe".

Le sentiment est partagé par José Bové, qui annonce déjà la pousuite des manifestations et même des actions devant la justice si nécessaire. Le député européen a d'ailleurs fait une promesse aux militants, quitte à renouer avec ses anciennes pratiques, : "Aucun camion ne passera sur nos territoires pour installer des puits : au mieux, ils auront les pneus dégonflés, au pire, carrément démontés."

Charlotte Chabas

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