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Publié par Scientifique

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Face au boom des œufs bio, les éleveurs doivent importer des grains à la certification parfois douteuse.

Après les lasagnes de cheval et la tarte Ikea aux matières fécales, voici venus les œufs bio pas vraiment bio. Car face au boom de la consommation d'œufs bio (+ 16% par an sur cinq ans selon l'Institut technique de l'aviculture), les producteurs, ont du mal à trouver des grains bio pour nourrir leurs poules pondeuses. "Une poule mange des grains, mais on n'en produit pas assez", explique l'agronome et industriel Pierre Weill, auteur de "Mangez, on s'occupe du reste" (Plon).

Pour que les œufs soient certifiés bio, il faut que l'alimentation des poules pondeuses soit à 95% biologique. Les 5% restants peuvent être composés de grains non bio, à condition qu'ils soient sans OGM. "Qu'il s'agisse de productions nationales ou d'importations, la traçabilité doit être assurée", précise Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio, chargée de la promotion de l'agriculture biologique.

 
 

Graines importées d'Ukraine et de Roumanie

Or ce n'est pas toujours le cas. Dans l'hexagone, la production de céréales certifiées bio est en hausse, mais elle n'est pas seulement destinée aux volailles. Pour répondre à la demande, les éleveurs sont donc obligés d'importer des graines, censées être bio. Sauf que le maïs d'Ukraine et de Roumanie, ou le soja d'Argentine, sont souvent difficiles à tracer. Malgré leur estampille "bio", ces grains peuvent en fait avoir poussé sous les pesticides, voire être OGM.

Pierre Weill lui-même raconte avoir été victime d'une fraude aux graines de lin censées provenir d'Italie et être bio :

On est passé par un courtier suisse sérieux et elles sont arrivées certifiées... Et puis récemment j'ai reçu un courrier du ministère italien de l'agriculture annonçant, navré, qu'après enquête il s'agissait en fait de lin de Moldavie, pas bio du tout."

Un business pour les producteurs industriels

Des fraudes qui seraient légion, mais sans lesquelles les producteurs n'auraient pas moyen d'approvisionner les rayons bio des supermarchés, où l'œuf est le produit le plus vendu après le lait et les légumes. Les grands producteurs industriels, qui dominent largement le marché, profiteraient aussi de contrôles "plutôt moins nombreux que ceux en Label rouge ou Garanti en plein air", selon Christian Marinov, directeur de la Confédération française de l'aviculture.

Bien loin des petits producteurs bio traditionnels, les industriels se sont invité sur ce segment de marché récemment : la certification leur permet de vendre leurs œufs plus chers - pas loin du double comparé aux œufs de batterie. Même si les poules bio doivent avoir un accès obligatoire au plein air, elles sont élevées à l'intérieur et nourries aux grains, comme les poules non bio, et ne coûtent pas forcément plus cher à élever. 

C'est justement pour en finir avec ces petits arrangements que le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, veut revoir la certification bio au sein de l'UE. Son objectif : aller vers davantage de rigueur et moins de dérogations.

 

J.D. (avec AFP)

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