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Publié par Scientifique

 

Heliotrope

C’était censé être un exercice de travaux pratiques à la maison. Il y a quelque temps, mon deuxième fils est rentré du collège avec quelques grains de blé que lui avait donnés son professeur de SVT. L’idée : les faire germer et pousser tout en observant la croissance de la plante (et puis, a dit mon fils, “comme ça, tu pourras avoir des céréales en plus pour le petit déjeuner…” , car c’est vrai que la science doit nourrir son homme). Pour compliquer un peu l’expérience, nous avons partagé les semences en deux groupes. Le premier dehors, au froid, dans un pot contenant du terreau. Le second sur du coton régulièrement imbibé d’eau et bien au chaud dans l’appartement. Il n’est rien poussé dans le pot mais, de toute évidence, les grains de blé ont apprécié notre petit intérieur. Et mon botaniste en herbe, si je puis me permettre l’expression, d’observer qu’un des grains avait un problème : il avait bien germé mais, enfoncé dans le coton, il voyait sa croissance entravée par les fibres. Comment allait-il s’en sortir ? Le suspense dura quelques jours. Notre jeune pousse de blé se fraya tant bien que mal un passage à l’horizontale et, une fois qu’elle eut atteint une ouverture, se redressa comme ses congénères. D’où les remarques de mon collégien : “Le blé est malin. Mais comment il sait où est le haut ?”

Cette manière d’attribuer de l’intelligence et de la connaissance à une plante peut faire sourire. Mais en fait, pas tant que cela car la question se pose réellement pour ces êtres vivants qu’on a longtemps pris pour de simples machines à faire de la photosynthèse. Or, on sait que, même dépourvus de cerveau, les plantes réagissent à leur environnement, produisent des réponses électriques à des stimuli, bougent même si elles ne peuvent se déplacer, envoient des signaux, etc. Tout cela est-il suffisant pour parler d’intelligence ? Oui, si l’on en croit Stefano Mancuso, un chercheur italien qui a fait une conférence TED sur le sujet il y a quelques mois, que je vous propose de regarder ci-dessous (il faut activer les sous-titres en français pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais).

Selon Stefano Mancuso, un des inventeurs de la “neurobiologie des plantes”, qu’il étudie dans son laboratoire de l’université de Florence, nous devons considérer les végétaux comme des organismes dynamiques, doués de sens, capables de réaliser des analyses coût/bénéfice, bref des organismes traitant l’information provenant de leur environnement. La définition de l’intelligence que ce chercheur a donnée en janvier dans un entretien accordé au blog Thought Economics va d’ailleurs dans ce sens :“L’intelligence est la capacité à résoudre les problèmes. Maintenant, je sais qu’il y a de nombreuses définitions de l’intelligence (…) mais je ne peux vraiment pas trouver une meilleure définition que celle-ci. Bien sûr, si vous tentez de vous en servir à un congrès, il se trouvera toujours quelqu’un pour intervenir avec une définition brillante ou amusante, limitée à l’intelligence humaine ou, avec clémence, à celle de la plupart des primates. C’est comme s’ils étaient effrayés à l’idée de perdre leur place spéciale dans l’Univers. Dans un sens, en biologie nous sommes toujours à l’ère de Ptolémée où l’homme se considère comme le centre de l’Univers. Pour moi, l’intelligence est une propriété de la vie. Même le plus humble des organismes vivants unicellulaires doit être intelligent pour résoudre les problèmes de sa vie quotidienne.”

Evidemment, tout le monde n’a pas la même définition de l’intelligence et la notion même de neurobiologie des plantes a été accueillie avec scepticisme par une trentaine de biologistes dans un article paru en 2007 dans Trends in Plant Science. Ceci dit, quand je repense aux grains de blé de mon fils, je m’interroge tout de même… Et vous, qu’en pensez-vous ?

Pierre Barthélémy

Post-scriptum 1 : pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, un article fouillé (et volontairement polémique) sur la question de l’intelligence des plantes est paru en 2003 dans Annals of Botany.

Post-scriptum 2 : rien à voir avec ce qui précède mais je signale à qui cela peut intéresser que je participe, ce vendredi 4 février, à l’émission de Mathieu Vidard “La Tête au carré” sur France Inter, à 14h05.

 

Le blog sciences et environnement de Slate.fr, par Pierre Barthélémy 

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clovis simard 11/09/2012 21:28


Blog(fermaton.over-blog.com),No-28. - THÉORÈME ACACIA. - L'Intelligence des plantes.