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Publié par Scientifique

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"Je me dirigeai vers la chimie du nucléaire mais les récents événements [au Japon] me font changer d'avis : je pense finalement m'orienter vers la chimie du recyclage du nucléaire", confie une étudiante en troisième année de licence de chimie. "J'avais un entretien d'embauche quatre jours après la catastrophe de Fukushima pour participer aux nouveaux projets de centrales EPR, raconte un jeune ingénieur. Bien que la filière nucléaire me semblait passionnante, je ne considère plus qu'elle soit porteuse d'avenir aujourd'hui et j'ai décidé de refuser la proposition d'embauche."

 

Combien sont-ils à s'être engagés dans la voie du nucléaire et à envisager aujourd'hui une reconversion, après les atermoiements de cette industrie face à la catastrophe de Fukushima ? Un appel à témoignages que Le Monde.fr a lancé auprès des travailleurs du nucléaire laisse entendre que les déçus de l'atome ne sont finalement pas si nombreux parmi les professionnels. Et une majorité d'entre eux – qui a préféré témoigner anonymement – laisse entendre que l'utilité de leur métier se trouve renforcée depuis les événements au Japon.

 

UNE DÉFIANCE "INQUIÉTANTE POUR NOS CONCITOYENS"

"Je persiste à penser que [le nucléaire] est un mode de production d'électricité essentiel en France et les compétences acquises par EDF sont immenses", explique un ingénieur en calcul de tuyauterie pour l'EPR. "L'accident de Fukushima nous montre la nécessité d'une attention permanente, renchérit un ingénieur d'exploitation dans une centrale. A EDF, nous avons déjà commencé à tirer tous les enseignements possibles de cet accident. Les difficultés rencontrées par Tepco avec les matériels de sauvegarde nous ont amenés par exemple à réaliser un bilan complet de l'ensemble de nos matériels de sauvegarde." Pour cet ingénieur, la "confiance dans l'atome" n'est pas ébranlée – "le contraire serait inquiétant pour nos concitoyens", souligne-t-il –, mais "notre souci d'exemplarité est évidemment renforcé par cet accident".

Beaucoup de professionnels contactés estiment que l'accident de la centrale de Fukushima servira in fine à renforcer les exigences de sûreté des centrales et rend donc d'autant plus nécessaire leur métier. "L'accident de Fukushima n'a pas, dans mon activité, provoqué d'importante remise en question sur nos manières de faire, note un ingénieur en démantèlement nucléaire. Cela constitue surtout depuis plusieurs semaines un sujet de discussion intéressant entre collègues." Ce cadre du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) relève que "l'accident a rappelé à beaucoup d'entre nous les risques auxquels certains pays doivent faire face", mais en France, "le risque d'exposition de la population est dérisoire ; la polémique interne sur ce point me paraît donc inappropriée".


COMMENT LE SECTEUR SÉDUIT LES DIPLÔMÉS

Tous ne partagent pas cet optimisme. Un ingénieur dans les servitudes nucléaires – les tâches de deuxième niveau de maintenance et de préparation des réacteurs – confie : "L'accident de Fukushima m'a vraiment perturbé et me pousse à réfléchir sur mon choix professionnel à court et moyen terme : rester dans le domaine du nucléaire (et participer à l'élévation du niveau de sûreté des installations) ou changer de métier ?" Employé depuis douze ans par Areva, ce cadre explique s'être toujours posé des questions : "J'ai fait des études d'environnement et je n'étais pas pro-nucléaire à la base. Mais je trouvais que ce secteur était motivant et que les inquiétudes autour du risque nucléaire nous motivaient à travailler encore plus consciencieusement."

L'attrait de l'industrie du nucléaire est évident pour les jeunes diplômés sortis d'école ou de faculté : le secteur recrute plus que d'autres secteurs de l'énergie, et à des salaires et conditions sociales bien plus avantageuses. Une rapide recherche sur les moteurs Web d'offres d'emplois dans le nucléaire en témoigne, tout comme le parcours d'un jeune ingénieur, raconté par le magazine L'Etudiant, qui n'a eu qu'à choisir entre un poste chez EDF ou chez Areva à sa sortie d'école. Une trajectoire alléchante quand on connaît les difficultés de nombreux diplômés pour décrocher un premier emploi.

 

"ON VA FAIRE QUOI ?"

Selon le cadre d'Areva contacté, qui envisage une reconversion dans les énergies renouvelables – "idéalement dans le solaire thermique" –, plusieurs collègues partagent son analyse sur l'impasse vers laquelle se dirige l'industrie nucléaire. Mais nombre d'entre eux se disent que ce n'est pas à leur niveau que les grandes orientations nationales vont changer. "La première question qu'ils se posent, c'est : si on change de secteur, on va faire quoi ? On ne va pas cramer du pétrole pour faire de l'électricité ! Et puis il y a l'argument financier", souligne-t-il.

Pour lui, sa décision de reconversion est prise, même si retrouver un autre poste prendra du temps. "Fukushima est le troisième accident grave en 30 ans et je ne suis plus en accord avec le développement du nucléaire, conclut-il. Mes craintes initiales, qui relevaient plus de croyances, se sont transformées en craintes fondées sur le terrain. Le niveau de sûreté est chaque année plus élevé, mais le dispositif et le procédé sont de plus en plus complexes et à terme, le nucléaire ne sera plus compétitif par rapport aux autres énergies."


DÉSINFORMATION

Reste que pour beaucoup de professionnels du secteur, la source du malaise vient surtout de la mauvaise information distillée par les médias au public. "Les journalistes sont mal informés. Donc le public est mal informé. C'est ça aujourd'hui le mal-être des professionnels du nucléaire, proteste un ingénieur mécanique. La production électrique nucléaire française a des défauts, mais elle est plus surveillée que n'importe quelle autre. Les accidents comme ceux de Fukushima sont dramatiques, ils doivent nous permettre d'avancer et nous rappellent l'importance des risques que nous devons maîtriser. Mais l'industrie nucléaire reste une industrie de pointe et d'avenir."

Convaincus de l'utilité de leur métier, des ingénieurs et chercheurs se sentent ainsi renforcés dans leur certitude qu'ils ont une mission à remplir : "La tragédie de Fukushima nous rappelle à quel point nous sommes responsables, note un ingénieur dans la sûreté nucléaire, spécialiste des agressions externes (séisme, inondations). Nous avons le devoir de rester alertes afin de pouvoir déceler le moindre écart et devons être une force de conviction afin que l'autorité et l'exploitant adhèrent à nos propositions. La sûreté dans le nucléaire ne peut se reposer sur ses acquis et doit s'inscrire dans une démarche d'amélioration continue. C'est cette démarche qui me motive à continuer à travailler dans ce domaine."


Mathilde Gérard

LeMonde.fr

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eclairage 09/04/2011 14:19



Fils de mineur, pendant toutes mon enfance j'ai vu les mères de familles de ma cité vivre au son de la sirène qui annonçait un accident, malgré des mesures de sécurité renforcées au fur et à
mesure de l'évolution des connaissances et des technologies le tribu payé pour produire du charbon, nerf de lénergie d'après guerre, était très élevé. bon an mal an, coup de grisou ou "simple
éboulement" plusieurs dizaines de famille étaient endeuillées. Que dire de la retraite: elle était "donné" à 55 ans, souvent le mineur avait commencé de travailler à 14 ans. C'était rare qu'il
atteigne 60 ans. Silicose oblige. Vous auriez entendu la respiration caverneuse des copains de mon père, ...ils avaient 40 ans.


Le pétrole lui, a pourri des régions entières, a engendré des guerres et maintenus des dictateurs garant des approvisionnements.


Aucune de ces sources d'énergie n'impactaient directement la santé et la vie des consommateurs. Il n'en est pas de même pour l'énergie nucléaire qui est produite à notre porte, presque dans notre
salon! Il y a une proximité immédiate entre l'énergie et les nuisances qu'elle procure. Le consommateur voit enfin l'impact de son besoin compulsif d'énergie. Est-ce que la peur sera suffisante
pour qu'il modère ses envies et accepte que les états investissent dans une politique énergétique plus consciente ? Acceptera-t-il de payer plus chère cette énergie? de consommer moins?


C'est à chacun de nous de répondre, C'est aux politiques d'être courageux



Scientifique 09/04/2011 19:44



Merci pour ton éclairage !