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Publié par Scientifique

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Le 22 juillet 2013, le ministère de l’Ecologie a diffusé une analyse révélant que les cours d’eau français sont lourdement pollués par les pesticides. Quelques jours auparavant, le 8 juillet, le journal Environmental Science & Technology,  a publié une étude sur les étonnantes capacités d’adaptation de la truite d’Europe (Salmo trutta) à la forte pollution de l’Hayle, une petite rivière du sud-ouest de l’Angleterre.

 

Réalisé par des chercheurs de l’université d’Exeter et du King’s College de Londres, ce travail établit non seulement que ces truites résistent à des doses habituellement mortelles de polluants (cuivre, zinc...) mais il révèle comment ces poissons parviennent à survivre dans un tel milieu.

 

L’Hayle est une petite rivière de 19 km de long au lourd passé en matière de pollution. Les exploitations minières ont pollué ses eaux depuis le Néolithique pour culminer au XIXe siècle. Et le drainage des sols pollués continue à la contaminer avec un mélange de métaux. En particulier, sa partie centrale. L’Agence de l’environnement anglaise a relevé des taux de 639 μg/L de zinc, 42 μg/L de cuivre et 200 μg/L de fer.

 

Malgré ce milieu hautement toxique, l’Hayle est peuplée par une population de truites d’Europe qui ne semble pas souffrir de mutations génétiques particulières. Les chercheurs ont en effet comparé ces poissons avec ceux d’une autre rivière, la Teign, relativement propre. Ils ont découvert des concentrations de sept métaux dans les branchies, le foie et les reins des truites de l’Hayle significatives supérieures à celles des truites de la Teign.

 

Alors, comment les premières se sont-elles adaptées à ces doses mortelles de métaux ? Les chercheurs n’ont pas trouvé de fortes concentrations de métaux dans les intestins des truites de l’Hayle. Ce qui suggère que la pollution affecte essentiellement par les branchies en contact direct avec l’eau de la rivière.


La rivière Hayle reste lourdement polluée par la longue activité minière sur ses berges. Source: Eduarda Santos et al.

Le secret des truites a été révélé par la mesure des différences d’expressions de certains gènes entre les poissons des deux rivières. Le gène codant pour les protéines métallothionéines s’est ainsi révélé nettement plus exprimé chez les truites de l’Hayle. Or, cette protéine dispose d’une grande affinité avec les ions métalliques. Elle stocke et inhibe la toxicité de bon nombre de métaux. Les chercheurs ont également constaté la présence d’autres protéines capables de neutraliser le fer, en particulier.

 

Alors que la présence de métaux est très oxydante et qu’elle rompt l’équilibre des ions dans leur organisme, les truites de l’Hayle ont trouvé la parade en augmentant leur production des protéines capables de neutraliser la toxicité et l’oxydation afin de rétablir leur équilibre interne.

 

«L’histoire des truites de l’Hayle est fascinante, note Eduarda Santos, de l’université d’Exeter. Elle démontre leur résilience et leurs capacités à surmonter les épreuves imposées par l’activité humaine». Pour autant, tous les mystères ne sont pas levés. En particulier, les chercheurs ignorent depuis quand la résistance des truites de l’Hayle existe et comment elle s’est développée. Ils ignorent également jusqu’à quel point l’organisme des poissons peut résister à de nouvelles agressions.

 

Eduarda Santos ajoute: «Mais nous savons que de telles populations doivent être soigneusement suivies. Si les truites de l’Hayle, et leur physiologie unique, venaient à disparaître, il est possible que cette rivière ne connaisse plus jamais de truites. La connaissance des relations du poisson avec son environnement est essentielle pour la gestion et la protection des écosystèmes aquatiques».

M.A.

 

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