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Publié par Scientifique

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AVIS D'EXPERT - Les programmes de reconditionnement à l'effort des malades atteints de broncho-pneumopathie obstructive (BPCO) ont fait la preuve de leur efficacité, explique Constant Boyer, professeur de médecine physique et de réadaptation au CHU de Reim.

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie pulmonaire chronique et progressive. Elle est liée à des obstructions, voire à la destruction, des petites bronches (emphysèmes pulmonaires). Il en résulte une gêne majeure pour le patient dans la pratique de ses activités quotidiennes, les poumons n'étant plus en capacité de jouer leur rôle physiologique. Un essoufflement apparaît initialement lors des efforts importants, puis progressivement lors des efforts plus légers, diminuant ainsi les possibilités de marcher et se déplacer, ou d'effectuer des actes simples de la vie quotidienne.

Cette maladie des petites bronches est liée aux toxiques de l'environnement (par exemple les pesticides auxquels sont exposés les agriculteurs), au tabac, voire à des anomalies génétiques (déficit en alpha1 antitrypsine). Cette pathologie sera la troisième cause de mortalité en 2020, après les cancers et les maladies cardiovasculaires. On estime actuellement que 3500.000 personnes en France sont atteintes de BPCO après 40 ans, 200.000 malades étant atteints de façon sévère et 93.000 traitées par oxygénothérapie au long cours. De 15 à 20 % des fumeurs sont frappés par cette maladie. Quant aux coûts directs de la BPCO en France, ils sont estimés à 3,5 milliards d'euros, dont 60 % pour des hospitalisations en urgence et 40 % pour le suivi au long cours.

Éducation thérapeutique

L'enjeu majeur est donc d'éviter la survenue de cette maladie du souffle. Pour cela, il faut prévenir l'intoxication des poumons en éliminant l'exposition aux toxiques (arrêt du tabac, prévention lors des métiers à risques, qualité de l'air). Lorsqu'un malade est atteint et dépisté d'une BPCO, le traitement comprend un programme de réadaptation personnalisé et individualisé. Hippocrate, il y a plusieurs siècles, recommandait la marche à ces patients, lesquels, sans activité physique, mouraient plus rapidement.

Ainsi, le programme de réadaptation en cas de BPCO comprend deux grands volets: une éducation thérapeutique (programme pédagogique pour apprendre au patient à s'autosoigner et éviter les complications prévisibles) et un programme de reconditionnement aux efforts, adapté à chaque malade. Ce programme médical moderne correspond aux nouveaux besoins des malades chroniques des pays développés. Le médecin spécialiste de médecine physique et de réadaptation (ou un médecin pneumologue), rompu à la conduite de ces programmes, s'appuie sur des moyens interdisciplinaires réunis autour des malades (unité de temps et de lieu): plateau technique de médecine physique et de réadaptation, kinésithérapeute, diététicien, infirmière, prestataire de ventilation, éducateur des activités physiques… Le mouvement et l'éducation sont capables de réduire considérablement l'essoufflement et les épisodes d'exacerbation, d'améliorer les capacités de déambulation et les perceptions de qualité de vie des malades. Il est maintenant démontré qu'un euro investi dans des programmes de réadaptation des personnes BPCO fait économiser cinq euros à la société. Le maintien de leur efficacité se fait conjointement par les réseaux sanitaires et un réseau sport santé.

Une médecine moderne et écologique

La réadaptation médicale spécialisée (MPR) est un processus de développement de l'individu dans son meilleur potentiel (physique, psychologique, social, éducationnel, professionnel), qui vise à supprimer ou compenser des problèmes physiopathologiques, biomécaniques, des déficiences anatomiques, des limitations d'activité ou d'obstacles environnementaux. En contraste avec les techniques médicamenteuses classiques, qui s'acharnent à rechercher un diagnostic et se focalisent sur le traitement, la réadaptation médicale envisage des interventions multiples. Cela permet non seulement de traiter les causes, mais aussi les conséquences secondaires de la maladie ou du traumatisme (modèle biopsychosocial). La vraie nature de la réadaptation médicale inclut donc l'évaluation des capacités individuelles et personnelles, les performances et les aspirations de la vie.

Cinq composantes sont nécessaires pour construire un projet de réadaptation: un plan de soin centré sur l'individu établi par le patient et l'équipe interdisciplinaire ; des objectifs fixés et hiérarchisés par des procédures formalisées ; la participation du patient pour atteindre les objectifs fixés ; la recherche d'amélioration du potentiel personnel du patient et de son activité spontanée ; et, enfin, le résultat recherché est une amélioration des systèmes organiques, de l'activité et la participation des personnes malades.

Voici comment une maladie pulmonaire, dite BPCO, est soignée par le mouvement et l'éducation, une médecine simple prescrivant l'activité physique et éduquant ses malades. La réadaptation est la grande oubliée de la médecine moderne, une médecine spécialisée simple, écologique, interdisciplinaire, efficace et efficiente.

 

 

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