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Publié par Scientifique

http://img.maxisciences.com/paludisme/paludisme-le-plasmodium-vivax-pourrait-devenir-plus-virulent-a-cause-d-une-mutation-genetique_63791_w460.jpg

 

Selon des recherches menées aux Etats-Unis, une mutation génétique du paludisme pourrait menacer des dizaines de millions de personnes dans le monde. En effet, la forme Plasmodium vivax serait capable d'infecter des personnes qui étaient jusque-là naturellement résistantes à la maladie.


Maladie parasitaire la plus répandue au monde, le paludisme n'existe pas sous une mais plusieurs formes. En effet, il existe différents types de parasite Plasmodium. Le principal responsable de la maladie chez l'humain est le Plasmodium falciparum. En revanche, certaines formes comme le Plasmodium vivax cause un paludisme généralement moins virulent et donc moins mortel. Du moins c'était le cas jusqu'à présent.

Des chercheurs américains estiment que P. vivax "pourrait connaître une mutation rapide" et devenir ainsi bien plus dangereux, menaçant des dizaines de millions de personnes dans le monde, notamment en Afrique. Muté, le parasite deviendrait capable de déjouer la protection naturelle conférée par un certain type sanguin retrouvé chez des millions d'Africains, expliquent les scientifiques. Ce raisonnement est issu de résultats présentés à la conférence annuelle de l'American Society of Tropical Medicine and Hygiene (ASTMH), à Washington.

 

Des personnes résistantes, désormais vulnérables

 

A cette conférence, les chercheurs ont rappelé que près de 95 millions de personnes dans le monde sont protégées contre le P. vivax dans la mesure où elles ne possèdent pas de récepteur de la protéine Duffy dans le sang. Cette particularité les immunise ainsi contre le parasite qui ne peut pas pénétrer dans les globules rouges, en se fixant à ce récepteur. Toutefois, depuis cinq ans, les virologues constatent que de plus en plus de personnes en principe résistantes développent la maladie.

Que ce soit en Afrique ou en Amérique du Sud, le Plasmodium vivax parvient à infecter des personnes dénuées de récepteur de la protéine Duffy. "Nous avons découvert un mécanisme génétique jusque-là inconnu dans le P. vivax qui pourrait permettre à ce parasite d'envahir les cellules sanguines, aidant à expliquer la raison de ces infections chez des personnes qui ne possèdent pas ce récepteur de la protéine Duffy et qui sont normalement protégées", précise Peter Zimmerman, professeur de biologie et co-auteur des deux études reprises par l'AFP.

 

Un parasite qui berne le système immunitaire

Dans les travaux à paraitre le 21 novembre et le 5 décembre dans la revue scientifique américaine PLOS Neglected Tropical Diseases, le Pr Zimmerman indique avoir "notamment trouvé qu'un gène, connu pour permettre au P. vivax d'envahir les cellules sanguines, faisait une copie de lui-même pour exister en deux exemplaires... Il s'agit souvent d'une manière pour les pathogènes de berner le système immunitaire". Les recherches semblent également montrer que le parasite "parait évoluer rapidement".

Selon David Serre, de l'Institut de médecine génomique de la Cleveland Clinic, autre co-auteur de ces deux études, "les mécanismes génétiques que nous avons mis au jour pourraient bouleverser notre compréhension de cette forme très importante du paludisme, qui ne mobilise pas autant d'attention que celle résultant du P. falciparum même si elle provoque des symptômes sévères et pourrait être plus grave que beaucoup ne le pensent".

Même si le paludisme provoqué est moins grave que celui résultant du P. falciparum, il menace presqu'autant de personnes dans le monde, à savoir 2,49 millions. Le chiffre pourrait même être plus élevé encore si ce type de groupe sanguin ne confère plus de protection complète, soulignent les chercheurs. La dangerosité du P. vivax réside notamment dans le fait que, contrairement au P. falciparum, il a la capacité de "se dissimuler" dans le foie et de réapparaître de façon répétée dans le sang en provoquant des rechutes.

 

Une mutation qui gagne du terrain

Selon eux, la mutation génétique se dissémine à partir de Madagascar, où elle a été trouvée dans plus de 50% des 189 échantillons prélevés (la prévalence de loin la plus élevée) contre moins de 10% des 33 échantillons du parasite venant du Cambodge; rapporte l'AFP. Les chercheurs craignent donc que la forme mutante de P. vivax franchisse le Canal du Mozambique (qui sépare l’île de Madagascar de l’Afrique) et ne vienne infecter des millions d'Africains qui pourraient alors perdre leur immunité contre ce parasite.

Pour les professeurs Zimmerman et Serre, la prochaine étape consiste à déterminer si ces changements génétiques sont bien la cause de la perte de protection au P. vivax chez les personnes en principe résistantes. Ils vont pour cela étudier des échantillons de sang de 1.500 personnes souffrant du paludisme provoqué par le P. vivax à Madagascar.

 


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