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Publié par Scientifique

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Pourquoi bâille-t-on? Et pourquoi bâiller fait-il bâiller les autres?

La simple évocation du bâillement peut suffire à le provoquer. Devant sa contagion, nous ne sommes pas tous égaux. Qu'en disent les scientifiques?

Je vous mets au défi de regarder cette vidéo sans bâiller.

 

 

 

 

 

 

 

Alors, vous avez succombé?

 

Cette compilation de bâillements pêchés sur le web par Daniel Mercadante n’a pas fait l’unanimité à la rédaction. Serait-ce parce que certains d’entre nous sont d’insensibles goujat(e)s? Ou ceux qui n’ont pas daigné ouvrir grand la bouche, inhaler profondément puis terminer par une courte expiration ne se sentaient-ils pas suffisamment proches des personnes/animaux de la vidéo pour partager leur fatigue/ennui/faim? Ou peut-être n’avaient-ils aucun besoin de refroidir leur cerveau à l’aide de bâillements?

 

Il se pourrait même que ça soit tout cela à la fois.

 

Lorsque l’on s’intéresse au pourquoi du bâillement, la plus grande certitude est que personne n’est d’accord. Les quelques experts qui se disputent le sujet se crêpent académiquement le chignon dans tous leurs articles.

La théorie la plus en vogue en ce moment –ou peut-être est-ce seulement la mieux défendue– s’appuie sur l’hypothèse du radiateur ou hypothèse du refroidissement du cerveau, proposée pour la première fois en 1990 par l’anthropologue Dean Falk pour expliquer l’accroissement de la taille du cerveau humain par rapport aux autres primates. Selon cette hypothèse (que je préfèrerais appeler hypothèse du climatiseur, mais on ne choisit pas), les hommes auraient pu développer des cerveaux si gros seulement grâce à l’évolution d’un système de refroidissement artériel efficace, lié à la démarche bipède.

 

Andrew C. Gallup, jeune professeur en psychologie du Bard College, dans l’Etat de New York, et fervent défenseur de l’hypothèse du radiateur pour expliquer le bâillement a indiqué sur Science blogs:

«Les cerveaux sont comme des ordinateurs, ils marchent le plus efficacement à froid, et des adaptations physiques ont évolué pour permettre un refroidissement maximal du cerveau.»

L’idée encore commune selon laquelle le bâillement apporterait un surplus d’oxygène au cerveau a été définitivement réfutée en 1987 par une étude américaine. Le professeur Provine et ses collègues ont simplement fait respirer des mélanges plus ou moins riches en dioxyde de carbone ou en oxygène à leurs cobayes (leurs élèves, selon toute vraisemblance). Si l’idée commune avait été vraie, ils auraient mesuré une augmentation de la fréquence des bâillements lors de la respiration de l’air rare en oxygène (ou concentré en CO2) et une diminution dans le cas inverse. Rien de tel n’ayant été constaté, on en a déduit qu’il fallait chercher ailleurs pour expliquer le bâillement.

La régulation de la température, ou thermorégulation, est une piste intéressante. Elle n’explique pourtant pas la contagion du bâillement, mieux décrite par des théories sociales.

Venons-en donc aux membres de la rédaction et à ceux d’entre vous qui sont restés insensibles devant la série de glottes exposées dans la vidéo ci-dessus.

Vous n'avez pas bâillé?

Premièrement, ce n’est pas la bouche que vous devriez regarder pour espérer vous aussi participer au grand bâillement collectif. C’est plutôt aux yeux mi-clos et embués qu’il faudrait s’intéresser. Une étude réalisée en 2007 sur des enfants autistes a démontré que ceux-ci «attrapent» beaucoup moins les bâillements que les autres. Contrairement à ces derniers, les autistes passent plus de temps à regarder la bouche que les yeux. Le Dr. Platek, qui a dirigé l’étude, a précisé sur Nature News qu’ils «ne répondent pas aux bons signaux parce qu’ils se trompent dans ce qu’ils doivent lire».

 

Ensuite, il se pourrait que vous ne soyez pas très sympa. Une autre étude, de 2003 et toujours du Dr. Platek, a démontré que les personnes les moins sensibles à la contagion du bâillement étaient aussi celles qui avaient le plus de mal à se mettre à la place des autres. Selon Nature News ils sont «moins susceptibles de reconnaître qu’un faux pas ou une insulte peuvent offenser quelqu’un d’autre». En gros, il faudrait de l’empathie pour bâiller aux bâillements des autres.

 

Avant de rejoindre l’église de Scientologie pour soigner votre manque de coeur ou de prendre rendez-vous chez le psychiatre pour déceler une éventuelle schizophrénie –car les schizophrènes attrapent peu les bâillements et manquent d’empathie selon les critères psychiatriques– considérez encore une dernière étude. Publiée en 2011, elle nous apprend que le bâillement est le plus contagieux lorsque nous l’observons chez un membre de la famille. Ivan Norscia et Elisabetta Palagi, les chercheurs italiens responsables des expériences, ajoutent que cela fonctionne aussi plutôt bien avec les amis.

 

Finalement, ces résultats sont cohérents avec la théorie de l’empathie, puisque celle-ci est plus forte envers les individus dont on se sent le plus proche et avec lesquels on s’identifie le mieux. Alors, que tous ces étrangers (et ces animaux) qui bâillent à s’en décrocher la mâchoire vous laissent bouche close, ça n’est pas si surprenant. Ils ne font pas partie de votre groupe et si on en croit la théorie qui voudrait que le bâillement contagieux a évolué pour permettre au groupe de synchroniser ses phases d’attention, vous n’avez pas besoin de communiquer non-verbalement avec ces gens.

 

Vous pouvez à présent regarder la vidéo à nouveau en respirant profondément par le nez, un sac de glaçons contre votre front et la tête sous un jet d’eau froide. Si vous ne tombiez pas dans la catégorie des insensibles et que la théorie du radiateur se vérifie chez vous, vous ne devriez plus avoir aucune envie de bâiller.

 

Pamela Duboc

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loupblancberger 23/02/2013 15:29


c'est a dire pour le baillement personne n'est d'accord.