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Publié par Scientifique

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Ils prennent pour cibles des gouvernements, des banques, des services en ligne… avec un seul mot d’ordre : la liberté d’expression. Aujourd’hui, on les soupçonne d’avoir attaqué le réseau EDF depuis les serveurs du Parti Pirate allemand ou d’avoir piraté ceux de Sony.  Mais qui sont ces mystérieux vengeurs qui sévissent sur la Toile ?

 


Difficile de savoir qui se cache derrière les masques du héros de la BD "V pour Vendetta", puisque rester anonyme est la philosophie même du mouvement. Les Anonymous sont-ils par ailleurs des "cyberterroristes", des "cybermilitants", des "hackers", des "manifestants du futur" ?

 

Le flou demeure malgré les cyberattaques à répétition ces dernières années et plusieurs arrestations. Mais les Anonymous se définissent comme un collectif d’internautes de tous âges, de tous niveaux, souhaitant devenir un contre-pouvoir aux Etats.  Les seuls éléments "concrets" connus à ce jour sont les suivants : les rares personnes arrêtées au motif de cyberattaques sont généralement de sexe masculin et ont entre 15 et 25 ans.  Mais le FBI est loin de pouvoir dresser un portrait robot. Ce qui est sûr, c’est que n’importe qui peut aujourd’hui participer à ces opérations, à un moment donné, pour une action commune précise. La communauté se restructure en permanence. 

Le groupe a une organisation assez chaotique : il ne possède pas de fonds ni de matériel commun pour agir. Chacun vient avec ce qu’il a. Et d’ailleurs, qui décide ? Il n’y a pas de leader à ce mouvement, et pas de porte-parole. Toutefois, cela n’empêche pas la communauté d’être efficace à différents niveaux (technique, réactivité...).

 

 

Des cyberattaques qui ne se font pas au hasard

Les opérations (cyberattaques ciblées) menées par ces internautes ne se font pas au hasard ni par plaisir. Les Anonymous veulent lutter contre la censure, défendre la liberté d’expression, sur Internet en particulier. Ils veulent un réseau libre, ouvert et neutre. Pour les Anonymous, Internet doit être un espace dans lequel il ne doit y avoir aucune loi. Ils visent donc tous les acteurs qui bafouent ce principe. On peut alors parler d’"hacktivistes" (un terme pour réunir "hacker" et "activistes"). L’action menée pour soutenir le site WikiLeaks est le meilleur exemple : au mois de décembre, alors que plusieurs organismes comme Visa, PayPal ou MasterCard avaient décidé de couper l’approvisionnement du site de Julian Assange, les Anonymous avaient massivement riposté en lançant une série d’attaques qui ont paralysé les sites des entreprises incriminées pendant plusieurs heures.

Pour mener de telles opérations qui font trembler les plus grands sites web et même les Etats, les Anonymous utilisent sur leurs propres machines un outil clé en main appelé LOIC ("Low Orbit Ion Canon"), en référence à "La Guerre des Etoiles :  L’Empire contre-attaque". Gratuit, ce logiciel leur permet des attaques par déni de service (DDOS). Cela signifie qu’ils font en sorte que les ordinateurs envoient au même moment des milliers de requêtes erronées sur le site visé pour le rendre inaccessible. Incapable de les gérer, il sature.

 

Pour pouvoir lancer ces cyberattaques très efficaces, les Anonymous communiquent grâce à plusieurs canaux de discussion libres comme les forums ou sur les chats. "N'importe qui peut proposer une opération sur une cible en la revendiquant des Anonymous. Après, l'opération aboutira seulement si la masse suit...", a raconté l'un des Anonymous au Nouvel Observateur. Un autre a précisé au journal, que "tous ne sont pas des hackers invétérés, plutôt des internautes mobilisés". La volonté politique semble au coeur du mouvement. Selon Gabriella Coleman, anthropologue et spécialiste du phénomène, interrogée par OWNI, "les Anonymous sont passés du statut de troll à celui de militants". Elle estime qu’au plus fort de la bataille contre les organismes bancaires des milliers d’Anonymous ont été recensés.

Il est toutefois important de faire la différence entre ce réseau et les réseaux terroristes comme Al-Qaïda, car ces militants s’en prennent essentiellement à des serveurs informatiques (et non à des personnes) dans le but unique de faire triompher la liberté d’expression.

 

 

Défendre la liberté d’expression et faire taire la censure

Ces méthodes faciles ne sont pourtant pas sans risque, puisque cinq personnes, dont deux Français, ont été arrêtées en janvier dernier, la police ayant réussi à récupérer leur adresse IP. D’ailleurs, une députée UMP s’est attaquée, sans les nommer, aux Anonymous la semaine dernière en déposant, avec 58 de ses collègues, une proposition de loi pour durcir la lutte contre les attaques informatiques. Concrètement, cette proposition étend les amendes et les peines de prison en cas d'intrusion dans les services de communication au public en ligne, et plus seulement dans les "systèmes de traitement automatisé de données". Elle double ces peines en cas d’attaque contre les institutions publiques et introduit une peine complémentaire de coupure de l’accès à Internet "pendant une durée maximale de deux ans" pour les assaillants.

 

Le groupe d’hacktivistes, qui a fait parler de lui récemment en s’attaquant aux sites institutionnels du régime iranien, aux ennemis de Julian Assange, ou encore en accompagnant les soulèvements en Tunisie et en Egypte - ils ont fait crouler plusieurs sites gouvernementaux pour faire pression sur Hosni Moubarak-, n’est pourtant pas nouveau. Il était simplement resté silencieux pendant deux ans. En effet, en 2008 il menait un premier grand combat contre l’Eglise de Scientologie, qui avait fait retirer une vidéo gênante de YouTube montrant un Tom Cruise tenant des propos fortement teintés de fanatisme. C’est la première fois que les Anonymous apparaissaient sur le devant de l’e-scène. Ces précurseurs du mouvement étaient des internautes qui s’étaient rencontrés sur le forum 4chan.

 

Alors que Nicolas Sarkozy vient d'inaugurer le tout premier "e-G8" (ou G8 de l'Internet), la question de la sécurité de la Toile et celle de la liberté d'expression sont au coeur des débats. Si le chef de l’Etat prône l’amélioration de ces libertés, il réclame en revanche une régulation du web et la mise en place de davantage de contrôles. Un discours qui risque de déclencher les foudres des Anonymous.

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