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Publié par Scientifique

http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/blognews-picture/evening_star_modif.jpg

 

On a tous un truc avec la maison qui nous appelle, tant et si bien que, peu importe à quelle distance nous nous trouvons de chez nous, on a une irrésistible envie de tourner la tête pour regarder d'où on vient.

 

Nous le faisons lorsque nous grimpons des montagnes, lorsque nous quittons la côte pour explorer l’océan et quand nous envoyons nos robots dans l’espace, là-bas dans le noir, sans billet retour.

 

C’est le cas de Curiosity, notre rover de laboratoire alimenté par un générateur thermoélectrique qui traverse la surface de Mars.

 

Certes, les scientifiques ont étudié avec avidité les remarquables gros plans de la terre sous les roues de Curiosity, du terrain qu’il doit couvrir, et du pic lointain du Mont Sharp qui surgit à des kilomètres.

Mais cette envie de regarder vers la maison était irrésistible. Le 31 janvier 2014, on a tourné la caméra perchée au sommet du grand mât de Curiosity vers le ciel, vers le coucher du soleil, où deux étoiles brillantes sont apparues ... mais ce n'était pas des étoiles.

 

La Terre vue de Mars, photo prise par Curiosity

Cette image montre l'horizon martien vallonné se détachant sur le ciel assombri. Et dans ce ciel deux points de lumière: la Terre et la Lune. Elles sont à peine visibles ici, mais elles brillent mieux dans l'image en pleine résolution.

A une distance de près de 160 millions de kilomètres, ces deux mondes sont réduits à de simples points. Du point de vue de Mars, la Terre est une étoile du soir, se couchant après le Soleil. Toujours du point de vue de Mars, la Lune est séparée de la Terre autant qu'elle peut l’être (il s'agit d'une nouvelle lune), donc elle se distingue nettement du point stellaire de la planète mère.

 

 

Il est difficile d’imaginer l’ensemble de notre monde réduit à un point. Lorsque nous sommes à l’extérieur, nous nous tenons sur ce point et il remplit la moitié du ciel. Peut-être que vous n‘y avez jamais pensé de cette façon, mais c’est vrai: si la Terre n’avait pas été là, vous seriez entourés de ciel, même sous vos pieds. Notre planète, énorme et opaque, bloque la moitié de la vue que nous avons des cieux.

 

Mais éloignez-vous, et même un monde de 13.000 kilomètres de long se réduit à une étincelle de lumière dans le ciel. Et gardez cela à l'esprit, Mars est l'un des objets astronomiques les plus proches dans le système solaire et même dans le cosmos. Sur une échelle galactique, même notre puissant Soleil devient invisible avant que vous ne vous aventuriez très loin dans la voie lactée. Et il faudrait un énorme télescope pour voir tous les objets distants de notre galaxie, parmi la plus importante de l'Univers.

 

L'univers est terriblement vaste, extrêmement distant, froid et indifférent.

Mais souvenez-vous de ceci: la photo ci-dessus a été prise par une machine faite par l'homme, et elle se trouve sur la surface d'un autre monde. Il a fallu des centaines de personnes, des milliers d’années-travailleurs pour imaginer ça, faire pression pour ça, la créer, la lancer, et la faire atterrir sur Mars. Vous ne pouvez pas le voir sur la photo parce que la caméra est tournée dans l'autre sens.

 

Mais si vous pouviez sortir mentalement de la photo, et simplement vous retourner, vous verriez le rover sur la poussière martienne, témoignage de la curiosité humaine, de la volonté d’explorer, et de la nécessité de quitter le nid pour une destination inconnue.

 

Cela ne me dérange pas le moins du monde que l'Univers ne me connaisse pas, ou ne se soucie pas de moi. Je le sais et je m'en préoccupe. Et c'est ce qui compte.

 

Phil Plait

Traduit par A.L.S



 

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