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Publié par Scientifique

Remboursement des substituts nicotiniques, augmentation du prix du tabac, prise de conscience... De nombreuses raisons poussent aujourd'hui les fumeurs à arrêter. La tabacologue Marion Adler nous aide à comprendre les difficultés qui entraînent les rechutes, et les moyens disponibles pour aider à la réussite de cette démarche.

 

1- Introduction

Bien qu'il y ait eu 1 million de fumeurs en moins en France sur l'année 2017, la cigarette reste la première cause de mortalité évitable avec 73 000 décès par an. " C'est l'équivalent d'un crash d'avion de ligne par jour avec 200 passagers à bord ", illustre le médecin Marion Adler, tabacologue à l'Hôpital Antoine Béclère de Clamart (AP-HP), au service d'addictologie.

Fumer est une véritable addiction, c'est une maladie chronique dont les fumeurs dépendants sont victimes et non coupables. En effet, le tabac est assimilable à l'héroïne en termes de dépendance. " 95 % des fumeurs dépendants doivent fumer tous les jours. En comparaison, ce chiffre est de 20 % pour l'alcool ", détaille le docteur Adler. Selon ses chiffres, 70 % des fumeurs réguliers ont déjà cherché à arrêter, mais le processus de dépendance est un frein à la réussite de cette démarche.

2- La volonté suffit-elle à arrêter de fumer ?

Avant tout, il faut bien comprendre le mécanisme d'action de la nicotine, responsable de la dépendance. Cette molécule agit en quelques secondes et permet d'augmenter la vigilance (noradrénaline), la sensation de plaisir (sérotonine) et de satisfaction (dopamine). " Chez un fumeur, le cerveau ne sait plus produire seul ces endorphines, il faut alors qu'il réapprenne à les sécréter naturellement sans stimulation immédiate par la cigarette ", explique la tabacologue.

Aussi, se lever un matin et se dire qu'on ne touchera plus jamais une cigarette, c'est possible mais très compliqué. En effet, du jour au lendemain, le corps sera " en manque " de nicotine. L'envie de fumer sera très forte et résister deviendra difficile. Troubles de l'humeur, insomnie, irritabilité, frustration, colère, anxiété, difficultés de concentration, prise de poids, dépression... attendent les aspirants non-fumeurs. Logiquement, beaucoup finissent par reprendre. " Lorsque le patient rechute, j'appelle ça une " réussite différée ", il faut toujours être optimiste. Il faut que la personne réapprenne la vie sans tabac, sans qu'elle en souffre ". En bref, donner au corps ce dont il a " besoin " pour en finir avec les symptômes physiques du manque. Des substituts nicotiniques peuvent alors grandement aider.

3- Combiner les patchs avec les formes orales

Les traitements nicotiniques de substitution (TNS) existent depuis 1992 sous diverses formes : patchs et formes orales (gommes, sprays, timbres, comprimés, inhaleurs).

Les patchs permettent de gérer le manque en continu tout au long de la journée et les formes orales, dites d'urgences, permettent de soulager une envie brutale de fumer. Contrairement aux idées reçues, il est fortement conseillé d'utiliser les deux. " Vous pouvez également fumer même en ayant un patch. Dans l'absolu, vous serez surdosé en nicotine, comme lorsque vous fumez trop en soirée. Cela se traduit par des palpitations, des céphalées, la sensation de bouche " pâteuse ", la diarrhée, les nausées... ", détaille le docteur Marion Adler. À noter qu'une femme enceinte peut, bien sûr, utiliser des substituts nicotiniques. " Le plus important est qu'elle en sorte le plus vite possible de la

cigarette pendant la grossesse ". Pour être conseillé sur les TNS, un pharmacien, un médecin, un tabacologue, ou encore une sage-femme peuvent aider.

4- Adapter les substituts nicotiniques et les médicaments à chacun

La prescription de TNS, désormais remboursée, se fait en fonction de la consommation du patient, l'objectif étant qu'il soit sevré. S'il fume un paquet par jour, il commencera par un patch. Pour deux paquets, c'est donc 2 patchs qu'il devra mettre. " Que le patient fume des " lights ", cela ne change rien. Elles sont aussi toxiques que les cigarettes normales et la personne aspire généralement plus fort afin d'avoir la même dose de nicotine délivrée ", précise la tabacologue. La dose de nicotine sera ensuite diminuée lentement. " Je vais commencer à diminuer les patchs après 1 mois sans cigarette et si le patient est d'accord. Chez certains, je commence par exemple par un pré-sevrage en diminuant le nombre de cigarettes et en combinant avec des substituts nicotiniques oraux avant d'arriver à l'utilisation du patch ".

En 2e intention, il est également possible de prescrire des traitements médicamenteux (bupropion, Varénicline, ou cytisine) qui vont agir soit sur les récepteurs nicotiniques, soit sur la production d'endorphines. Elle insiste grandement sur le fait d'adapter le traitement à chaque patient. Elle assimile l'arrêt du tabac à une jambe cassée : " Vous n'allez pas soigner votre jambe à la seule force de votre volonté. Il faut un plâtre et des béquilles à votre taille ".

5- La cigarette électronique, un allié de choix

Marion Adler utilise également la cigarette électronique comme un outil, même si ce n'est pas considéré comme un traitement. " Le but est que le goût soit agréable et que la quantité de nicotine soit suffisante pour le patient ". Les études le montrent, la fumée de cigarette électronique comporte 95 % de substances nocives en moins. En effet, les liquides sont notamment composés de propylène glycol, substance permettant de faire de la fumée comme au théâtre ou dans les fêtes foraines, de glycérine, d'eau et d'arômes alimentaires. Contrairement à la cigarette, la fumée des vapoteuses ne contient aucun mutagène, c'est-à-dire qu'elle ne modifie pas l'ADN des cellules et donc ne favorise pas le développement de cancer. Seule ombre au tableau, certains arômes entraîneraient la création de molécules plus toxiques que d'autres comme le diacétyle, l'acétoïne et l'acétyle propionyle. Le diacétyle est connu pour avoir provoqué des bronchiolites oblitérantes chez les employés d'usines de pop-corn, où il était utilisé pour donner ce goût de beurre, comme l'explique MedecineNet.com. En France, la norme AFNOR interdit déjà le rajout de diacétyle dans les e-liquides.

Au même titre que les substituts nicotiniques oraux disponibles en pharmacie, le but de la cigarette électronique est de délivrer de la nicotine aussi vite qu'une cigarette classique et également de proposer à l'utilisateur une expérience similaire en termes de goût, de geste et d'odeur. Les liquides contiennent des niveaux différents de nicotine de 18 mg/ml à 0 mg/ml, il est alors possible de réduire petit à petit sa dose de nicotine jusqu'à arriver à 0. Ainsi, selon les chiffres du baromètre santé 2016 (santé publique France), 41 % des utilisateurs de la cigarette électronique sont d'ex-fumeurs ayant trouvé une alternative efficace à la cigarette traditionnelle.

6- Quid du tabac à chauffer ?

L'ensemble des 4 000 composés toxiques que l'on respire en allumant sa cigarette est issu de la combustion du tabac. L'industrie du tabac a donc mis en place une nouvelle technologie au croisement entre la cigarette électronique et la cigarette, où le tabac n'est plus brûlé, mais chauffé à très hautes températures (environ 300 degrés contre 800 habituellement). Selon leurs études, la vapeur créée par ce dispositif serait similaire à celle des cigarettes électroniques en produisant 90 % à 95 % de substances toxiques en moins. Pour l'instant, seul le dispositif de Philippe Morris, l'IQuos pour "I quit Ordinary Smoking" (traduisez "j'arrête de fumer de manière ordinaire"), est disponible en France. Il devrait être suivi par "Glo", le produit de la Bristish American Tabacco.

" C'est une invention de l'industrie du tabac qui doit trouver le produit futur qui remplacera la cigarette, en faisant croire aux gens qu'ils arrêtent de fumer ", s'insurge le médecin. " Il y a une résistance qui produit de la combustion à basse température, comme de la pyrolyse. Il y a brûlure identique du tabac, et donc les mêmes toxiques, mais sans doute juste un peu moins dosés ". En effet, des chercheurs de l'Université de Lausanne ont trouvé des taux de substances nocives supérieurs aux chiffres annoncés : l'équivalent de 82 % de l'acroléine (substance très toxique et irritante) d'une cigarette normale, de 74 % du formaldéhyde et 50 % du benzaldéhyde. La fumée contenait également 3 fois plus d'acenaphtelène (un goudron), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et aussi du monoxyde de carbone (CO). Ce dispositif n'est donc absolument pas recommandé pour toute personne qui aimerait arrêter de fumer.

7- Hypnose, acupuncture…. Que faut-il en penser ?

Concernant les techniques " parallèles ", " l'hypnose ou l'acupuncture n'agissent pas sur le manque physique. Par ailleurs, aucune preuve scientifique n'a avancé le fait que ces disciplines aidaient à l'arrêt du tabac ", complète le docteur Marion Adler. Néanmoins, elles peuvent s'avérer utiles pour des personnes qui n'ont pas vraiment la volonté d'arrêter mais qui sont conscientes de l'intérêt d'un sevrage.

Ainsi, au même titre que chaque personne est différente, chacun pourra trouver une aide, un soutien, auprès des professionnels de santé et de tous les dispositifs qui existent afin de renforcer ses chances de réussir.

 

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