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Publié par Scientifique

Georges Cognet, psychologue clinicien spécialiste des tests, qui coûtent entre 150 et 600 euros, nous les décrypte.

« Qu’avez-vous dans le crâne ? » La question a été posée à des générations d’étourdis. Pour apporter une réponse, un test de QI (quotient intellectuel) fait autorité en France : Wechsler, du nom du psychologue américain qui en est le créateur.

Le protocole, selon l’âge du patient, se décline en savants noms de code : WAIS pour les adultes, WISC-5 pour les enfants de 6 à 16 ans, WPPSI chez les 2-6 ans. Chacun est protégé par une licence et, avant de les utiliser, les psychologues doivent d’abord mettre la main à la poche. Le kit de passation du WISC-5, par exemple, coûte 1800 €. Côté patient, le tarif pour passer à la question est aussi variable qu’un ciel de mars : il oscille entre 150 € et 600 €.

Conçu aux États-Unis, le test est expérimenté dans chaque pays sur un échantillon représentatif de la population, et certains exercices sont adaptés à la langue et la culture locale. « La passation est très standardisée. Même si on se montre heureusement chaleureux avec les enfants pendant les exercices, les points sont octroyés selon des critères très précis », confie Georges Cognet, psychologue à Levallois-Perret et expert auprès de l’éditeur des tests Wechsler.

Pourquoi, dans ces conditions, ne pas carrément asseoir les enfants devant des ordinateurs ? « Parce que c’est l’observation par le praticien pendant la passation qui donne tout son sens à l’exercice, explique le spécialiste. Les tests que l’on peut trouver sur Internet n’ont aucune valeur. »

Une dizaine d’épreuves

Dans son cabinet, il faut compter trois heures et environ 350 € pour un bilan psychologique complet. Le test de QI proprement dit dure 1h30 et commence par la manipulation de cubes. Il faut, avec une poignée de dés rouges et blancs, reproduire les dessins géométriques présentés sur des dessins.

Viennent des épreuves de vocabulaire, de mémoire des chiffres et des images. Puis on recopie le plus vite possible des suites de signes qui ressemblent à des idéogrammes, on remet en ordre mentalement des « puzzles visuels », on s’essaye à des petits problèmes de logique représentés par dessins…

Au total, les enfants passent une dizaine d’épreuves, et la plupart des questions doivent être complétées en un temps limité de 30 à 40 secondes. Toutes servent le même objectif : « mesurer la rapidité du sujet à trouver des règles et les appliquer ». Et le psy, spécialiste de l’interprétation des dessins d’enfants, d’insister : « Il ne faut pas confondre la précocité intellectuelle avec le génie. Je ne suis pas sûr que Picasso aurait exceptionnellement bien réussi au test de QI. »

10 à 14 points d’écart selon le milieu socioculturel

Selon le milieu social d’origine des jeunes patients, les performances varient « de 10 à 14 points ». Non que les bambins des beaux quartiers soient plus intelligents que les gosses d’ouvriers, « simplement le bain culturel dans lequel ils grandissent biaise un peu les résultats, notamment dans la partie consacrée au langage qui les favorise », précise le psy.

Ces derniers jours, trois mamans ont poussé la porte de son cabinet parce qu’elles suspectaient, chacune pour une raison différente, une possible précocité de leur enfant. La première petite, 10 ans, est rejetée de ses camarades à l’école. Le deuxième souffre en sixième d’une agitation qui l’empêche de se concentrer. La troisième, 7 ans, éprouve des difficultés en classe.

« Pour les trois, le bilan a été utile, car il a donné des pistes aux mamans pour orienter leur éducation », plaide Georges Cognet. Mais sur les trois gamins, seule une, la première, a montré au test un véritable profil de surdouée, à plus de 140 de QI.

 

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L’inventeur du test de QI est un Français

Si c’est un test américain qui a le vent en poupe dans la majorité des pays du monde, l’inventeur des exercices et questions pour mesurer l’intelligence est lui Français. Alfred Binet, mort en 1911, ne fut pas le seul en son temps à s’intéresser au cerveau, mais il fut l’un des premiers à mettre au point une méthode pour mesurer de façon systématique les performances intellectuelles. Son but était notamment de « déterminer l’âge mental », c’est-à-dire la corrélation entre un niveau de raisonnement et l’âge du sujet.

Ses travaux ont jeté les premières bases des futurs tests de QI. Et c’est l’Éducation nationale, alors en pleine phase de massification avec l’avènement de l’école obligatoire, qui la première en a vu l’utilité. Pas pour identifier d’éventuels « surdoués », non, mais pour débusquer parmi les mauvais élèves ceux qui péchaient par paresse, et ceux qu’on pensait mentalement incapables de suivre en classe… Les exercices de QI hérités de Binet, et réactualisés, sont encore utilisés par certains spécialistes.

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