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Publié par Scientifique

Chaque année, le passage à l’heure d’hiver puis à l’heure d’été est un marronnier médiatique pour toute la France. Si la question divise, notamment sur les retombées économiques et énergétiques de la mesure (cela représenterait une économie de 2,4 euros par français), peu de personnes  sont informées des effets du changement d’heure sur leur santé. Les membres du Collège Santé de l’AFE, et notamment Claude Gronfier, chercheur à l’INSERM et spécialiste en chronobiologie, s’attèlent depuis 2013 à rappeler les conséquences du passage à l’heure d’été (décalée de deux heures par rapport à celle (théorique) du soleil) ainsi que les précautions à prendre afin de gérer la transition en douceur.

Les effets sanitaires du passage à l’heure d’été

S’il permet de profiter de sa journée plus longtemps et d’une plus longue exposition à la lumière, le passage à l’heure d’été entraîne, contrairement aux idées reçues, plus de risques sanitaires que le passage à l’heure d’hiver. C’est également celui qui nécessite le plus grand temps d’adaptation.

Claude Gronfier, chercheur à l’INSERM et spécialiste en chronobiologie, explique : « Plusieurs études scientifiques, reconnues internationalement, ont montré que les effets du changement d’heure sont plus pernicieux et nombreux que ce que l’on pourrait croire. Les animaux en sont un bon exemple : on constate une baisse de la production de lait, ainsi que de sa qualité, avec le passage à l’heure d’été. Sur les humains, le changement d’heure entraîne des troubles du sommeil et de l’attention. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement touchés. Une semaine entière leur est nécessaire pour s’adapter.

C’est l’heure d’été qui a les effets les plus négatifs sur la santé. Le changement d’heure impacte plusieurs fonctions humaines. Le premier étant le sommeil, et plus particulièrement la réduction du sommeil chronique ».

Première effet pervers du passage à l’heure d’été : l’augmentation de la dette de sommeil, déjà chronique depuis les années 1900. C’est l’effet indésirable qui touche le plus largement la population.

Les « couche-tôt » seraient les premières victimes du passage à l’heure d’été, dont les conséquences sont prouvées scientifiquement dans trois domaines :

– Un accroissement des accidents au travail (multipliés par 3,6), dû à l’augmentation de la dette de sommeil

– Une augmentation des accidents de la route le lundi qui suit le passage à l’heure d’été

– Une augmentation des d’infarctus du myocarde après le passage à l’heure d’été (5% d’augmentation du nombre d’infarctus)

Autre fait inquiétant, plusieurs études ont montré une augmentation des taux de suicide suivant le passage à l’heure d’été.

Le changement d’heure et ses effets ne sont donc pas anodins. Troubles du sommeil, de la vigilance, dépression saisonnière, accidents de la route, suicides et infarctus du myocarde en sont des conséquences directes. L’horloge biologique perturbée ainsi que la baisse d’intensité lumineuse sont souvent associées à ces conséquences.

Les bénéfices économiques du changement d’heure en question

Instauré en 1976 suite au choc pétrolier afin de diminuer la consommation d’électricité, largement produite par des centrales au fuel, le changement d’heure a-t-il toujours sa place dans un mix électrique différent ? C’est ce que maintient l’ADEME, malgré un bilan plus que contrasté.

Des gains assez limités

Si l’ADEME souligne que le gain a été d’environ 440 GWh sur l’éclairage en 2009 (« soit l’équivalent de la consommation en éclairage d’environ 800 000 ménages »), la Fondation iFRAP soulignait en 2007 que le gain pour les français n’était que de 2,4 euros par personne.

Le bilan thermique (chauffage et climatisation) est, lui, plus « difficile à évaluer » selon l’ADEME, qui le qualifie de « modeste » : environ 70 GWh.

Au total,  les économies réalisées s’élèveraient à environ 500 GWh ou 0,5 TWh et 44 000 tonnes de CO2, sur les 495 TWh consommés en 2013. Des économies qui diminueraient d’ici à 2030. Le passage à l’heure d’été n’induirait plus à cette date que 340 GWh d’économies, « grâce au développement de technologies d’éclairage toujours plus performantes dans l’habitat ».

Pour le Réseau de Transport d’électricité (RTE), ces changements auraient toutefois l’avantage de réduire les consommations de pointe et ainsi du recours aux centrales thermiques en hiver.

Une généralisation européenne alors que deux camps se profilent

Le Ministère de l’écologie a souligné « qu’il a été décidé d’harmoniser par directive du Parlement européen et du Conseil, les dates de changement d’heure » et ce malgré que les impacts économiques de la mesure ne soient pas connus. L’Europe prend ainsi le contrepied de ses voisins, malgré les interrogations de la Commission européenne.

Ceux qui ne pratiquent pas ou plus le changement d’heure

La Chine a mis fin au changement d’heure en instaurant une heure légale constante depuis 1992 et a été suivie par la Russie en 2011. L’Afrique ainsi que l’Asie ne pratiquent pas le changement d’heure. Le Japon avait expérimenté le passage à l’heure d’été pendant quatre ans durant l’occupation américaine, avant de l’abandonner en 1951. Le débat sur sa remise en place est toutefois régulièrement relancé.

Ceux qui la pratiquent partiellement

Au Brésil, seuls quelques États passent à l’heure d’été. Les provinces du Canada s’y sont également converties, à l’exception d’une grande partie de la Saskatchewan.

L’Amérique du Nord est également dans ce cas. Le passage à l’heure d’été n’étant pas imposé au niveau fédéral, la décision est laissée au soin de chaque Etat. Une étude de l’Institut énergétique de l’Université de Californie en date de 2007 dressait un bilan mitigé de la mesure. Les économies générées le soir ne sont pas compensé par la surconsommation du matin. En 2006, une autre étude menée en 2006 dans l’Indiana avait montré que « le passage à l’heure d’été était synonyme de factures d’électricité plus lourdes et de plus de pollution des centrales électriques. « Il y a des avantages, mais les économies d’énergie n’en font pas partie», déclare au New York Times Matthew Kotchen, un professeur d’économie à l’université de Yale qui a participé à l’étude. Pour lui, les bons points sont plus à chercher du côté du confort de vie quand il fait encore jour le soir ».

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