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Publié par Scientifique

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Alors que les précipitations sont au plus bas, des spécialistes parlent déjà d’une situation critique.

 

Tous les ans, c’est la même rengaine. Sols craquelés, agriculteurs en détresse, restrictions d’eau. Sauf que d’habitude, la sécheresse sévit en été. Pas dès le début du printemps. L’année 2011 s’annonce bel et bien inhabituelle. Explications.

 

Peut-on comparer la situation actuelle à celle de 1976 ?

Oui et non. Plusieurs agriculteurs ont évoqué une ressemblance étrange avec cet annus horribilis. Mais il faut distinguer l’état des sols superficiels (jusqu’à deux mètres de profondeur) de celui des nappes phréatiques. Selon Météo France, le mois dernier, «exceptionnellement chaud, sec et ensoleillé», a été le deuxième mois d’avril le plus chaud depuis 1900 en France métropolitaine, après 2007. Résultat :«Fin avril, la moitié nord de la France connaissait des niveaux de sécheresse des sols superficiels jamais atteints au cours des cinquante dernières années.» En clair, «l’humidité des sols correspond à un mois de juillet, explique Michel Schneider, à Météo France. En avril 1976, les sols étaient moins secs. La situation est critique». Critique mais réversible, pour peu qu’il pleuve ces prochains mois, ce qui n’avait pas été le cas à l’époque. Difficile de savoir si ce scénario se répétera cette année : «Les températures devraient être plus chaudes que la normale sur mai, juin et juillet, mais on ne peut pas prévoir la pluviométrie à si long terme.»

Qu’en est-il côté eaux souterraines ? Selon Michel Schneider, «pendant la période de recharge des nappes phréatiques, entre septembre et mars, les précipitations ont été plus abondantes cette année qu’en 1976, même si elles ont été de 10 à 20% inférieures à la normale, selon les régions». Toute la question étant de savoir dans quel état sont ces nappes. Selon le dernier résumé du Bureau de recherche géologique et minière, «au 1er avril, environ 58% des réservoirs» affichaient un niveau inférieur à la normale. Principales zones concernées : le Bassin parisien, le Sud-Ouest, la Beauce et le bassin de la Garonne en Midi-Pyrénées.

 

Quelles conséquences ?

Aucun souci, pour l’heure, pour l’accès à l’eau potable. Pas de difficultés non plus côté industrie. Même si le risque est réel, notamment pour le fonctionnement des centrales nucléaires. Mais l’impact se fait déjà sentir chez les agriculteurs, de loin les principaux consommateurs d’eau. Car pour eux, tout se joue au printemps, quand les futures récoltes, en pleine formation, ont soif. Les rendements sont en jeu. «S’il ne pleut pas en mai, tous les secteurs agricoles seront menacés», avertit Dominique Barrau, numéro 2 de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

 

Comment réagissent les autorités ?

Une vingtaine de départements sont déjà concernés par les restrictions d’eau. Et la liste s’allonge chaque jour. Exit l’arrosage des pelouses, le remplissage des piscines et le bricage des voitures. La ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est déclarée mardi «vraiment inquiète», a convoqué pour lundi, avec un mois d’avance, un «comité sécheresse» rassemblant «particuliers, industriels, agriculteurs, producteurs d’énergie», pour faire «un point sur les mesures» à prévoir. Quant à son homologue de l’Agriculture, Bruno Le Maire, il réunira aujourd’hui… son propre «comité sécheresse» agricole. Du jamais vu au mois de mai. La FNSEA, majoritaire dans la profession, a déjà obtenu du ministre, hier, que les éleveurs, dont la situation est jugée «très préoccupante», puissent disposer de toutes les jachères, y compris celles réservées à la biodiversité, pour nourrir le bétail. Le syndicat demandera aujourd’hui à ce que l’eau stockée dans les barrages puisse être utilisée et prônera la constitution de réserves d’eau.

 

Quid du long terme ?

NKM a annoncé pour juin un plan national d’adaptation au changement climatique, qui prévoit de réduire tous les usages de l’eau. Son objectif est d’en réduire la consommation de 20% d’ici à 2020. Parmi les pistes figurent la réduction des «fuites des réseaux d’eau potable» et des «économies de consommation», comme la «réutilisation d’eaux usées pour les communes» ou «la récupération d’eau de pluie». Plan jugé «insuffisant», mardi, par le porte-parole du Modem, Yann Wehrling : «Il ne concernerait que les usages domestiques et tertiaires, soit 20% de la consommation. Mais les 80% restants sont utilisés dans l’agriculture.» Ce dernier préconise de «ne plus avoir de cultures trop consommatrices d’eau, comme le maïs. Cela implique de réorienter les aides européennes». Pour Mickaël Poillon, un jeune agriculteur du Pas-de-Calais, «il faut surtout modifier nos modes de production, éviter les monocultures, travailler sur l’autonomie fourragère. Sinon, il ne s’agira que de pansements». Message qu’il essaiera de faire passer aujourd’hui à Nicolas Sarkozy, puisque ce dernier visitera son exploitation.

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