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Publié par Scientifique

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Une association de pédiatres américains évoque les risques d'un usage abusif.

Et voici la «dépression Facebook». Selon une note récente de l'American Academy of Pediatrics (AAP), elle toucherait des adolescents ou préados qui consultent intensivement les médias sociaux. Cette obsession pourrait accélérer une spirale dépressive. Les médecins américains évoquent des risques de repli dans la vie virtuelle au détriment des relations réelles et des activités physiques. Ou encore une jalousie exacerbée par la lecture des profils des autres, toujours éclatants. Le sentiment d'être soi-même misérable quand tout brille autour. «C'est vrai que l'on oublie que tout le monde trafique sur Facebook, reconnaît Karine, tout juste sortie d'un long coup de blues adolescent. on a l'impression que les autres font des choses extraordinaires.»

 

Si l'étude reste superficielle, elle reflète les inquiétudes qui entourent l'omniprésent réseau social. Des chercheurs du Wisconsin ont eux passé au crible 200 profils de jeunes de 20 ans et conclu qu'un quart présentaient des symptômes dépressifs… Enfin, une enquête conduite par l'université d'Édimbourg révèle que plus on a d'amis Facebook plus on risque de s'angoisser! Près de 10 % des jeunes interrogés reconnaissent que la gestion de leur profil Facebook les stresse  ; ils sont trois sur dix à se sentir abominablement coupables de rejeter des demandes d'amitié sur le réseau. D'ailleurs 12 % détestent recevoir une requête et encore 63 % tardent à répondre! Enfin, beaucoup tergiversent, ne sachant comment éliminer les amis devenus indésirables (voir encadré ci-dessous). Sachant qu'être «dé-friendé» est «l'humiliation suprême», selon Amélie, qui ne s'est toujours pas remise d'avoir été bannie par des amis.

«L'impression de ne plus exister»

«Facebook est un univers de paradoxes, analyse le Dr Kathy Charles, de l'Université d'Édimbourg. D'un côté, les jeunes adorent Facebook. De l'autre, ceux qui ont le plus investi de temps sur le site sont aussi les plus susceptibles d'être stressés. Ils vivent la même angoisse que les joueurs qui craignent d'arrêter juste quand ils allaient gagner.» Ils restent connectés en permanence, de peur de rater le moment important. Comme drogués aux petites nouvelles de leurs amis.

«L'addiction au téléphone portable est massive chez les jeunes», constate le pédopsychiatre Stéphane Clerget. Notamment pour consulter les réseaux sociaux. Beaucoup se jettent sur Facebook au réveil et se connectent plus de dix fois par jour. «On a tous notre période de folie, où l'on ne fait que ça», raconte Amalia, 16 ans. «Sans Facebook, je me sens carrément mal. Avec des vraies crises. J'ai l'impression de ne plus exister», ajoute Juliette, 14 ans. Privés de leurs téléphones et du réseau social, ces jeunes se montrent anxieux, irritables, détaille le psychiatre. «Facebook est très addictif», insiste Antoine, étudiant en école de commerce. «J'ai souvent voulu ralentir mon utilisation: j'y allais trop souvent en cours et j'y perdais mon temps, précise-t-il, mais j'ai vite repris parce que c'est ainsi que l'on communique aujourd'hui et se couper du réseau, c'est s'éloigner des nouvelles. Si je ne suis pas arrivé jusqu'à la dépression, j'ai ressenti un grand vide, notamment pendant les vacances, quand Facebook est déserté et qu'on a l'impression de ne plus parler à personne.»

 

Pour les spécialistes, Facebook n'est cependant qu'un révélateur. Et l'on ne peut dire «si c'est l'usage intensif de Facebook qui génère l'angoisse ou la déprime latente qui conduit à se réfugier dans le monde virtuel» selon le psychiatre Philippe Huerre. Qui constate aussi les effets bénéfiques du réseau sur les plus timides: «Ils peuvent passer cette période d'adolescence moins isolés grâce à Facebook.» Si «Facebook ne crée pas la dépression, il augmente la pression sur les jeunes», rebondit Stéphane Clerget. Car ils sont constamment sous le regard de leurs pairs. Au collège, comme à la maison, les jeunes ne déconnectent jamais. Or sur le réseau, il faut être beau, en forme, enjoué. Cela réclame une mise en scène de soi qui peut stimuler la créativité. Ou accentuer les complexes. «J'ai une copine qui a retouché toutes ses photos sur Photoshop», raconte Isabelle, 20 ans. D'autres migrent vers Twitter, jugé plus gratifiant. «On est plus une star, on peut avoir plus de followers», selon Maud, 15 ans. «On devient comme une minicélébrité: plus on a d'audience, plus on ressent la pression», souligne le Dr Kathy Charles dans son étude. Quelques-uns finissent par créer un être imaginaire pour plaire, met en garde le psychiatre Stéphane Clerget: «Et lorsque leur avatar s'éloigne trop de la réalité, certains adolescents ne se supportent plus dans la vraie vie.»

Les dangers du manque de sucre pour le cerveau

«ON découvre vraiment les gens  un soir d'élection», s'enflamme Anouk, 25 ans, qui n'a pas supporté de lire certains commentaires  sur Facebook. Du genre «voilà  le triomphe de la France des assistés». «C'était tellement excessif que je les ai exclus de  mon profil.» Comme elle, beaucoup ont procédé à une «purge après  les élections», résume Mélissa, productrice de documentaire qui a «sanctionné» les «friends» jugés extrémistes. «S'ils perdent plein d'amis, ils vont peut-être réfléchir», avance  la jeune fille.

Corinne, 45 ans, a elle aussi caressé le projet de bannir les amis jugés «Front national» sans oser le faire. «On réalise que sur les deux cents personnes que l'on a comme friends, on en connaît vraiment que dix.» Bertrand, 32 ans,  a lui discrètement fait glisser les opposants du statut d'amis à celui  de connaissances… pour restreindre l'accès à son profil. «Si nous ne partageons pas les mêmes valeurs,  je n'ai pas envie de partager mes photos.» Quant à Antoine, 31 ans,  il est bien décidé: ce soir, il relira tranquillement ce que chacun a écrit et éliminera «ceux avec qui on ne peut plus s'afficher».

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