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Publié par Scientifique

http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/files/2011/06/Corise.jpg

 

 


C’est un insecte curieux et minuscule, qui va servir de modèle aux derniers des crooners lascifs. Il s’appelle Micronecta scholtzi et appartient à la famille des corises, punaises aquatiques que l’on surnomme aussi “cigales d’eau” en raison de leur chant. En réalité, parler de chant avec les insectes est incorrect puisqu’à de très rares exceptions, aucun son ne sort de leur bouche. Qu’il s’agisse de grillons, de sauterelles, de capricornes, de certaines fourmis ou de corises, ces petits animaux stridulent (mais pas la cigale, qui cymbalise). Comme l’explique le site de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE), la stridulation est le résultat du frottement d’une râpe ou d’un archet sur un grattoir, comme si on faisait passer une lime ou les dents d’un peigne sur le bord d’une table : “Le son ainsi produit pourrait se comparer à celui d’un instrument à cordes, comme le violon, ou au washboard.”


La plupart du temps, ce sont les mâles qui stridulent, afin d’être choisis par une femelle. Pour ce faire, ils utilisent comme archet soit leurs élytres, leurs pattes, mais aussi leurs ailes, leurs antennes, leurs mandibules, etc. Le cas de Micronecta scholtzi est un peu particulier. En effet, même si l’affaire n’est pas bien claire car la bestiole ne mesure que 2,3 millimètres, il semblerait bien qu’elle réussisse l’exploit de striduler avec… son appareil génital, comme une réincarnation d’Elvis Presley, dont le succès auprès de ses groupies féminines tenait tant à sa voix qu’à ses déhanchements suggestifs, au point qu’on l’avait surnommé “Pelvis”. Cette corise se sert d’un paramère (sorte d’appendice situé près du pénis) qu’il frotte contre une arête de son abdomen. On peut écouter ici ce que cela donne.

 

Le plus incroyable, dans l’histoire, n’est pas tant que cet insecte joue du violon avec son sexe (après tout, il fait ce qu’il veut) mais que cet archet de seulement 50 microns produise autant de bruit. En effet, comme vient de le montrer une équipe franco-britannique dans une étude publiée le 15 juin par la revue en ligne PLoS ONE, Micronecta scholtzi fait beaucoup de boucan pour une bête de moins de 3 millimètres, vivant dans l’eau et dénuée d’appareil amplificateur qui plus est. On peut l’entendre à plusieurs mètres. Evidemment, si l’on s’en tient à la valeur absolue du chant émis, cette corise n’entre pas dans le Livre des record, malgré des pointes stridentes à 105 décibels. D’autres animaux, beaucoup plus gros, comme le cachalot ou l’éléphant, sont aussi plus bruyants, mais si l’on rapporte le son émis à la taille de l’animal, M. scholtzi apparaît comme un champion du monde (une “donnée aberrante” disent les chercheurs qui n’ont pas le sens de la compétition).

 

Pourquoi cet insecte au sexe stridulant fait-il autant de bruit ? Madame est-elle dure d’oreille ? L’idée du mâle est sûrement de brailler plus fort que les autres pour se faire détecter et choisir par la femelle. C’est une variante acoustique de la livrée chatoyante du faisan doré mâle qui est aussi voyant qu’une Ferrari dans un parking de supermarché. La stratégie a son revers de la médaille : plus on tente de se faire remarquer, plus on risque de l’être… par un prédateur. Apparemment, cela n’a pas l’air de gêner notre punaise aquatique. Peut-être les animaux qui la chassent sont-ils sourds ?

 

Pierre Barthélémy

(© G. Visser)

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