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Publié par Scientifique

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Certaines personnes en raffolent, d’autres les exècrent. Les taches de rousseur sont parfois synonymes de beauté, parfois symboles de malédiction. Jean-Luc Nothias décrypte ce phénomène physique et explique son origine. Extraits de "Où va l'eau de mer à marée basse" (1/2).

 

 

Les taches de rousseur sont signes de peaux qui ne bronzent pas, ou mal, mais ne restent pas insensibles au soleil. Nombreuses en été, elles se font fantômes en hiver.

Et si les porteurs et porteuses de taches de rousseur sont essentiellement roux et rousses, elles ne refusent pas d’apparaître chez les blonds et même chez les bruns. C’est qu’elles sont génétiquement déterminées et, combinaisons de gènes aidant, peuvent « décorer » le visage, les bras et le torse de presque n’importe qui.

Le phénomène physique de la tache de rousseur, aussi nommée éphélide (de epi, « à cause de », et hêlios, « soleil »), est simple à comprendre dès que l’on sait que la fameuse mélanine, responsable entre autre de la coloration de la peau et du bronzage, peut être présente sous deux formes. L’une, appelée « eumélanine »,  se présente sous la forme de microscopiques grains de riz dont la couleur va du brun rouge au noir foncé. Elle protège des rayons solaires en les absorbant (près de 70 % à 80 % sont ainsi neutralisés).

L’autre est appelée « phaéomélanine ». Elle a une forme (au microscope) moins précise et se présente sous forme de taches diffuses. Sa couleur va du jaune au rouge. Elle est moins résistante aux rayons solaires que l’eumélanine, et les produits de sa dégradation peuvent même être toxiques pour les cellules.

Dans la grande majorité des cas, les deux formes sont présentes. Et les couleurs se déclinent selon la proportion de chacun des deux pigments, aussi bien en termes de qualité que de quantité, proportion déterminée par le patrimoine génétique de chacun. La palette du « peintre » va donc du blond le plus clair au noir le plus profond avec une quasi-infinité de teintes. Quelqu’un avec les cheveux noirs ou bruns aura beaucoup d’eumélanine, tandis qu’une personne aux cheveux blonds ou roux aura majoritairement de la phaéomélanine. Les deux mélanines interviennent également dans la couleur des cheveux, des poils et dans celle des yeux. Elle est aussi à l’origine de certaines des couleurs de la plupart des insectes, (papillons, coccinelles), des araignées, des plumes des oiseaux, des poils des mammifères. L’absence de mélanine produit l’albinisme. Quel talent…

Un indicateur du type de peau

La tache de rousseur est l’un des indicateurs importants du type de peau que l’on possède. Et donc de la façon dont elle va réagir au soleil. On distingue de ce point de vue six catégories d’épidermes. Le phototype 1 est celui d’une peau très claire, associée à des cheveux blancs (albinos) ou roux et à des taches de rousseur qui apparaissent très vite en cas d’exposition. Le phototype 2 a une peau très claire sur laquelle apparaissent des taches de rousseur sous l’effet du soleil, des cheveux blonds ou châtain clair. Il est vivement recommandé aux possesseurs de ces deux premiers types de peau de ne pas chercher à bronzer et de se protéger par tous les moyens (ombre, vêtements, écrans totaux…). Le phototype 3 lui bronze facilement en dépit de ses cheveux blonds ou châtains et de sa peau claire qui peut présenter quelques taches de rousseur. Les phototypes 4, 5 et 6 (peaux mate à noire) n’ont pas, eux, de taches de rousseur.

Les taches de rousseur présentent un grand intérêt aux yeux des chercheurs. Toutes les études montrent en effet que l’incidence des cancers cutanés dépend du type de peau et que le risque est le plus grand pour les peaux claires ne bronzant pas, risque qui augmente avec l’ensoleillement.

Gènes de la rousseur

L’étude fine des gènes impliqués dans la production des mélanines, situés dit-on sur le chromosome 16, permet de mieux comprendre l’apparition des cancers et, à terme, d’établir des échelles de prédisposition aux cancers de la peau. Mais on sait aussi que ces derniers ne sont pas seulement liés au phénotype cutané, pigmenté ou non. Il n’y a pas de fatalité en ce domaine. Même si chacun sait que l’Australie, terre très ensoleillée d’accueil de migrants européens, détient des taux de cancer de la peau records depuis quelques années.

L’ensemble des gènes de la rousseur, apparus il y a 50 000 ou 100 000 ans estime-t-on, est aussi appelé « gène celtique » car son occurrence est particulièrement importante en Europe occidentale et septentrionale. L’Écosse est ainsi le pays qui détient le plus fort taux de rousseur au monde avec 13 % de la population (sans compter les 40 % qui sont porteurs du gène sans être roux). L’Irlande vient en seconde place avec une proportion de 10 % de la population rousse et un taux de porteurs du gène équivalent (40 %). En France, le taux de personnes aux cheveux roux est d’environ 5 %. Comme pour les cheveux blonds. On peut donc estimer que le taux de personnes porteuses de taches de rousseur est sans doute d’au moins 10 %. Et que ceux-ci se rassurent : la tache de rousseur a aujourd’hui beaucoup plus la cote que le mal nommé grain de beauté.

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Extrait de "Où va l'eau de mer à marée basse" aux éditions de l'Opportun (7juin 2012)

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