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Publié par Scientifique

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Selon un sondage IFOP pour l’Observatoire Netexplo, 73 % des internautes français ne peuvent plus se passer d’Internet. De plus, les usages continuent de progresser : 85% des internautes se connectent tous les jours, soit 10 points de plus depuis deux ans. Sommes-nous tous devenus des « cyber-addicts » ?

 

Atlantico : Selon un sondage IFOP pour l’Observatoire Netexplo, 73 % des internautes français ne peuvent plus se passer d’Internet. Sommes-nous tous devenus des « cyber-addicts » ?

Thomas Gaon : Est-ce que l’on poserait la même question pour la télévision, la voiture ou le téléphone ? Est-ce que l’on dirait des gens qui ont du mal à se passer de leur voiture qu’ils sont « addicts » ? Officiellement, l’addiction à Internet n’existe pas. Dans la dernière version du Manuel de diagnostique et statistique des troubles mentaux, on ne trouve aucune maladie qui s’appellerait « addiction à Internet ».

En revanche, il existe des usages problématiques des contenus mais pas du contenant. Et même pour les contenus, tout ne peut pas être appelé « addiction ». On peut employer spécifiquement le terme pour le jeu d’argent qui est une pathologie reconnue mais pas pour d’autres phénomènes. Par exemple, il y a des usages problématiques des jeux vidéo mais cela ne mérite pas encore la dénomination d’addiction.

 

Comment détermine-t-on alors une addiction ?

Il faut que les personnes elles-mêmes soient dans une demande de « guérison ». Cela implique une certaine souffrance que l’on ne trouve pas encore dans les « addictions » liées au virtuel. D’après les centres d’addictologie, les addictions liées à Internet ne constituent qu’une proportion infime des pathologies dont ils s’occupent. Pour qu’il y ait addiction il faut, que la personne se sente prisonnière d’une conduite qui entraîne significativement des conséquences négatives sur des domaines importants de sa vie. Ce jugement sur une telle conduite revient en dernier lieu à l’individu et non à la société.

 

Il ne faut donc pas spécialement jeter l’anathème sur Internet.

Toute nouvelle technologie, quand elle rentre dans une société, provoque des modifications comportementales. Internet a clairement été une révolution de ce point de vue-là. Comme c’est nouveau, les gens comment à l’observer, à essayer d’expliquer les nouveaux comportements et à les catégoriser. Cela a été le cas pour nombreuses d’autres nouvelles technologies comme le théâtre, le cinéma, la photographie et même la bande-dessinée…

Chez tous les individus, il y a des forces antagonistes, à la fois réactionnaires et progressistes, et des groupes sociaux qui angélisent ou diabolisent l’utilisation d’Internet. C’est un mouvement assez classique.


De quels contenus parle-t-on principalement ? Lequel est le plus courant et lequel est le plus nocif ?

Principalement, les usages excessifs concernent les jeux d’argent, la pornographie et les jeux vidéo. On retrouve aussi à la marge tout un cortège, non pathologique, et surtout moins « anormal » au niveau moral, comme le streaming, la consultation d’information ou le chat.

Il n’y a pas d’étude scientifique à ma connaissance qui déterminerait lequel de ces usages excessifs serait le plus courant. En ce qui concerne le plus dangereux, c’est très compliqué à dire. La nocivité pour la personne est assez relative à chaque situation. En y réfléchissant, le plus nocif pourrait tout de même être le jeu d’argent car les conséquences peuvent être dramatiques, autant financièrement que dans la vie privée.

 

Quel est le profil type de ces « cyber-addicts » ?

Nous savons que ce sont en majorité des hommes. En ce qui concerne l’âge, cela dépend beaucoup des contenus. Pour les jeux d’argent hors-ligne par exemple, le PMU concerne logiquement une population plus âgée, plus prolétaire. Le Poker englobe une population plus jeune, plus urbaine.

Pour les jeux vidéo, on a souvent tendance à penser que ce sont des jeunes. Si les parents peuvent amener les adolescents à consulter, il y a quand même une forte proportion de joueurs majeurs qui jouent excessivement sans pour autant consulter. Scientifiquement,  on devrait parler très rarement d’addiction à l’adolescence. Les adolescents sont souvent, à certaines périodes et dans certains domaines, dans des comportements qui ne sont ni raisonnables ni maitrisés.

Concernant les sites pornographiques, il est là encore difficile d’élaborer un profil type de l’utilisateur excessif. On peut seulement dire que nous avons à faire à une grande majorité d’hommes.

 

Quelles sont les conséquences négatives de ces « addictions virtuelles » ?

Comme toute addiction, cela provoque un isolement, un désinvestissement de la réalité à l’égard du couple, de la famille et du travail (de la sociabilité et des obligations en général). C’est le mécanisme addictif classique qui est propre à toutes les addictions. La répétition provoque une centration de l’activité au détriment de tout le reste.

Il y a effectivement une spécificité à l’Internet. Avant, un joueur de jeux d’argent devait sortir, aller au casino. Désormais, Internet apporte cela à la maison. Cela enlève certaines contraintes, notamment en termes d’accessibilité et en termes de régulation sociale qui limitait avant ce genre de pratiques excessives.

 

Quels seraient les avantages et inconvénients d’une éventuelle reconnaissance officielle des comportements excessifs sur Internet en « addiction » ?

La reconnaissance permettrait seulement de créer une nouvelle maladie pour les gens s’y reconnaissent dedans. Dès lors certes, il y aurait plus de consultations (je suis malade) ainsi que d’injonctions à consulter (Va te faire soigner !). Mais le risque intrinsèque au concept d’addiction serait non seulement de pathologiser à outrance tous les aspects de la vie humaine, mais aussi de faire porter le blâme uniquement sur le produit (Internet) ou le symptôme (l’excès), c’est à dire la partie visible et dérangeante d’une conduite humaine individuelle, sans prendre en compte  pourquoi cela arrive à un tel, à ce moment de la vie, dans notre société qui par ailleurs favorise toutes les tentations, laissant les individus se débrouiller avec et fait soigner ceux qui y échouent.

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