Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Scientifique

http://www.lepoint.fr/images/2011/10/15/piranha-415157-jpg_275233.JPG

Avant de passer à l'attaque, le piranha lance des sons d'avertissement.

Le pauvre commandant Cousteau a faux sur toute la ligne : l'océan n'est absolument pas ce monde du silence qu'il décrit dans ses livres. Ça hurle, ça chante, ça apostrophe, ça fredonne d'amour... bref, ça vocalise à tout-va. Les poissons sont loin d'être muets. Et s'ils ne possèdent pas de cordes vocales, ils ont mille astuces pour faire parler leur corps. Qu'ils vivent dans l'océan ou dans un cours d'eau.

 

Une jeune Française, Sandie Millot, sous l'autorité du professeur belge Éric Parmentier de l'université de Liège, a choisi d'écouter des piranhas à ventre rouge. Pourquoi eux, et pas des sardines, bien moins belliqueuses ? "Parce qu'ils n'avaient pas encore fait l'objet d'études sonores et que l'université de Liège en élevait déjà. Mais vous savez, les piranhas sont plutôt peureux. Ils ne deviennent agressifs que dans certains cas où leur espace vital ou bien leur nourriture habituelle diminuent", trouve-t-elle simplement à répondre. A-t-elle regretté son choix quand un de ces voraces poissons amazoniens lui a presque sectionné un doigt parce qu'elle l'avait mal saisi ? Même pas. C'était de sa faute. Mais il est certain que le cri qu'elle a alors poussé aurait pu intéresser un spécialiste du cri primal...

Dans la livraison de novembre de la revue The Journal of Experimental Biology, la jeune chercheuse explique qu'elle a découvert que le piranha à ventre rouge pousse trois sortes de cris qui peuvent, chacun, être reliés à un comportement différent. Un premier son, faisant penser à un sourd grognement, pourrait signifier quelque chose comme : "Fiche le camp !" Un second son, comme un tapotement grave, est émis quand le poisson nage en rond avant de se précipiter sur un congénère ennemi.

Claquement de mâchoire

Parmentier et Millot ont découvert que ces deux premiers sons proviennent de la contraction très rapide d'un muscle situé contre la vessie natatoire. Cette dernière, placée entre le tube digestif et la colonne vertébrale, est utilisée par le poisson pour maintenir sa flottabilité. Pour prouver que ce muscle est bien à l'origine du son, les deux chercheurs ont utilisé un laser pour le stimuler à distance. Et ils ont, effectivement, pu enregistrer un son similaire.

En revanche, le troisième son identifié n'est pas produit par la vessie, mais par un claquement de mâchoire. Le piranha l'émet généralement juste avant de passer à l'attaque. Probablement en guise d'avertissement : "Je vais te virer d'ici !" Comme le dit sans fioritures Éric Parmentier, "mieux vaut un coup de gueule que de se battre".

Aujourd'hui, Sandie Millot, comme des milliers de postdoctorants condamnés à l'itinérance scientifique en raison d'un nombre insuffisant de postes, a posé ses valises dans une université portugaise. Mais ce dont elle rêve, avec le professeur Parmentier, c'est de partir enregistrer ses piranhas dans leur milieu naturel, en Amazonie. À domicile, ils pourraient se révéler bien plus loquaces que dans un aquarium. Et d'imaginer des bruits plus spécifiquement liés à la reproduction. Un doux soupir émis par les branchies pourrait signifier : "Chérie, tu viens frayer ?" Et la femelle pourrait répondre par un froissement de nageoire : "Tu me prends pour qui, dragueur de fond ?"

En tout cas, c'est Cousteau qui doit être surpris, dans sa tombe, par la découverte de cette cacophonie entre poissons. Sans compter le chant des baleines et le sifflement des dauphins !

REGARDEZ les sons étranges des piranhas à ventre rouge :

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article