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Publié par Scientifique

Une consommation élevée de charcuterie aggrave les symptômes de l'asthme au cours du temps. C'est la découverte d'une équipe de chercheurs de l'Inserm.

Classée cancérogène en 2015 par l'Organisation mondiale de la santé, la charcuterie n'a pas fini d'être pointée du doigt par le monde médical. En consommer régulièrement a même été associé - de manière plutôt surprenante, à première vue - à la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une forme grave de bronchite. Et ce n'est pas la seule pathologie respiratoire affectée : manger au moins 4 fois par semaine jambons, saucisses et rillettes aggrave également les symptômes de l'asthme au cours du temps. C'est la découverte de chercheurs de l’Inserm, qu'ils relatent dans la revue Thorax.

L'obésité, peu impliquée dans le lien entre charcuterie et asthme

Constatant qu'une modification des habitudes alimentaires et que l’augmentation de l’obésité au cours du temps sont impliqués dans l’asthme, les chercheurs se sont intéressés au rôle éventuel de la charcuterie dans cette pathologie. Ils ont conduit une analyse sur près de 1 000 participants (âgés en moyenne de 43 ans) pendant sept ans, temps durant lequel 20% des volontaires ont constaté une aggravation de leurs symptômes d’asthme. Ils ont éliminé le paramètre "obésité", qui aurait pu fausser les résultats. En effet, comme l’indice de masse corporelle (IMC) est un facteur de risque déjà identifié dans la survenue de l’asthme, il était plausible qu’il représente un intermédiaire causal entre les effets du régime alimentaire que souhaitaient regarder les chercheurs (en l’occurrence la consommation de charcuterie) et l’asthme. Les scientifiques ont donc pris en compte ce paramètre pour ajuster leurs résultats. Verdict : une consommation élevée de charcuterie (au moins 4 fois par semaine) est associée de façon directe à l’aggravation des symptômes de l’asthme. Et seulement 14% de l’association entre la consommation de charcuterie et l’asthme était expliqué par l’obésité (effet indirect). "Ces résultats élargissent l’effet direct de l’alimentation sur l’asthme chez les adultes. Afin de préserver la santé respiratoire des populations, il conviendrait de mettre en place rapidement des messages de santé publique visant à limiter la consommation de charcuterie", explique Zhen Li, principale auteur de ces travaux.

Plusieurs hypothèses pour expliquer le mécanisme

À ce stade, une question persiste : par quel mécanisme biologique la charcuterie agit-elle sur les symptômes d'une maladie respiratoire comme l'asthme ? "Les études précédentes ont indiqué plusieurs hypothèses possibles, explique à Sciences et Avenir Zhen Li. Premièrement, la nitrite, qui est ajoutée très souvent dans le processus de la fabrication des charcuteries, pourrait provoquer un stress oxydatif ou nitrosatif (ndlr : déséquilibre dans les cellules), associé au dommage du tissu pulmonaire. De plus, la consommation de la charcuterie est liée à l'inflammation systémique du corps, qui pourrait aussi avoir un impact sur l'asthme."  La spécialiste nous précise que des études ont également suggéré que le sel et le gras saturé ont un impact sur l’asthme, mais les preuves sont - pour l'instant - limités chez les adultes. "Davantage de travaux à venir devraient nous permettre de mieux comprendre les mécanismes en jeu", conclut Zhen Li.

 

Lise Loumé Spécialiste santé au pôle digital de Sciences et Avenir

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